La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

440 LA REVUE SOCIALISTE à toutes les industries et à tous les établissements d'une même industrie. 1 ° Atteinte à la liberté clu travail. cc L'ouvrier, quel que soit son sexe, doit avoir le droit absolu cc de disposer de son temps, de ses jours et de son intelligence ; cc la loi n'a pas à s'en mêler. Elle doit avoir pour objet et pour « but de garantir la liberté individuelle et non d'y porter « atteinte ». On peut renfoncer cet argument en supposant - comme le fait M. Léon Donnat, dans le Nouveau Dictionnaire d'économie politique - en supposant, dis-je, un certain nombre de cas ou l'ouvrier peut avoir un intérêt sacré à se livrer pendant quelque temps à des excès de travail. Et néanmoins les réglementairistes lui disent: cc Tu dois regagner le temps perdu par un cc long chômage, tu désires acquitter les dettes contractées, tu <c veux envoyer de l'argent à tes vieux parents éprouvés par cc l'hiver, tes enfants crient la faim, ton mari ou ta femme sont cc étendus sur un lit de douleur, tu aurais besoin de travailler cc onze, treize, quinze heures pour aller jusqu'au bout de ton cc deYoir... Eh bien, non ! tu ne travailleras pas plus longtemps « que ne le veut la loi, parce que tu n'es pas libre et que nous cc avons légiféré pour te donner la liberté. )) Pour réduire cette argumentation à sa juste valeur, il suffit de se demander si, dans les exploitations que l'on veut soumettre à la loi, la durée du travail dépend de la volonté individuelle des ouvriers. S'agit-il de s'imposer une norme au producteur autonome, à l'artisan établi à son compte, au paysan qui se repose pendant les longues veillées d'hiver, sauf à faucher au clair de lune lorsque vient la saison des foins? Ce serait incontestablement aussi absurde que de décréter la journée de huit heures pour les travailleurs intellectuels et de créer des veilleuses de nuit chargées d'éteindre la lampe d'Herbert Spencer ou des Albert Schreffie. La réglementation n'est évidemment désirable et possible que dans les branches d'industrie ou la production est socialisée. Partout ou il y a division du travail, coordination des efforts de plusieurs ouvriers, la durée du travail de chacun c'est de dépendre de ses fantaisies individuelles, et, à mesure que l'on se rapproche de la grande industrie, elle se détermine de plus en plus par la durée du travail d'autrui. Que dirait-on d'un ouvrier qui invoquerait des malheurs de famille pour demander à travailler dans une fosse, après l'heure de la remonte, dans une filature après que la cloche aurait sonné l'arrêt des machines, dans une fabrique quelconque au-delà des limites fixées par le règlement. Dans ces industries, mûres pour être converties en services publics, la durée du travail

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