LA LIMITATION DES HEURES DE TRAVAIL EN BELGIQUE 437 croyons d'autant moins que ces améliorations partielles laissent complètement en dehors ceux parmi les ouvriers qui souffrent le _plus de la prolongation excessive des journées de(travail. Qu'importe aux sclaneurs du Borinage, aux tisserands de la West Flandre, aux ouvrières des fabriques d'allumettes de Grammont ou de Lessines, à tous ceux qui sont trop misérables pour avoir la force de réagir contre leur misère, que les Chevaliers ou les artisans des métiers de luxe, soient assez bien organisés pour n'avoir par absolument besoin d'une loi sur les heures de travail ? D'ailleurs, même pour ces privilégiés, l'exemple des Trades Unions démontre que l'initiative patronale et les sociétés de résistance, ne suffisent pas à dispenser les ouvriers d'un recours à l'action légale. En supposant, ce que nous désirons ardemment, que nos asso- •ciations professionnelles, au lieu de compter à peine un dixième de la population ouvrière, viennent à prendre un développement considérable, encore serait-il à désirer que cette question des heures de travail soit réglée par des moyens moins onéreux et moins brutaux que les grèYes. De deux choses l'une : ou bien nos syndicats resteront faibles et la grande masse des ouvriers continuera son labeur de forçats ; ou bien ils deviendront forts et la lutte pour les heures de travail infligera de lourdes pertes àl'industrie. Rappelons seulement qu'aux Etats-Unis, de 1881 à 1886, s'ur 22.304 grèves qui ont été relevées par le Bureau du travail, il en eAt 7.632, soit un tiers, qui ont eu pour but principal ou exclusif la limitation de la journée du travail. Soit un sacrifice direct, en salaires et en profits perdus, de plus de 30 millions de dollars. On objectera sans doute que cet état de chose viendrait à cesser, si le ûgime de la conciliation et del 'arbitrage parvenaità se généraliser: mais, en attendant qu'un jour si bleu approche, force nous est de constater que l'action collective des ouvriers est onéreuse ou impuissante. Au surplus, les adversaires de la réglementation comptent en général beaucoup moins sur l'action des grèves, que sur les vertus du patronage, la philanthropie des classes dirigeantes, l'initiative des chefs d'industrie,inspirés par leur intérêt bien entendu. Il a été maintes et maintes fois démontré, qu'au-delà d'une certaine limite, la prolongation de la journée de travail n'amène pas d'augmentatation sensible dans la productivité du travail et l'on en conclut que les patrons n'hésiteront pas à réduire les heures de travail jusqu'à cette limite, dès l'instant où ils seront convaincus de cette vérité. Nous croyons quant à nous que c'est se faire illusion, ne pas tenir compte de certains sentiments, le plus souvent obscurs et mal définis, qui font que la plupart des patrons résistent obstinément
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