La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

438 LA REVUE SOCIALISTE aux tentatives de réduction des heures de travail. Le fait est que, dans un grand nombre d'usines, on prolonge la journée au-delà de ses limites normales, tout en sachant fort bien que cela n'augmente pas la production d'une manière sensible. Récemment encore, à Dinan, nous visitions une très important fabrique, où travaillent près de 500 ouvriers (tisserands et filateurs). L'ingénieur qui nous conduisait, après nous avoir dit que la journée de travail effectif était de 12 heures, le séjour de l'usine de 14, fut oblig'é <lereconnaître que les ouvriers produiraient tout autant en travaillant deux heures de moins. Et ce qui est vrai chez nous, ajoutait-il, s'applique également à tous les établissements similaires où la journée va souvent jusqu'à. 13 heures. Cela étant, pourquoi donc ne fait-on pas cette chose si simple - donner aux ouvriers deux ou trois heures de loisii' - puisque cela ne peut porter aucun préjudice à la production ? Les motifs de ces résistances patronales sont multiples; on peut citer parmi les principaux : 1° Et peut-être surtout, l'absence d'initiative et la défiance des routiniers à l'endroit de toute théorie qui n'a pas encore été consa-- crée par des milliers d'expériences antérieures. 2° La crainte des pertes temporaires qui pourraient résulter. pendant un temps, si court qu'il soit, du changement des habitudes et de l'organisation coutumière du travail. 3° Enfin, ce sentiment presqu'instinctif, que beaucoup ne s'avouent peut-être pas à eux-mêmes et qui consiste à croire que le travail est un frein salutaire. Les ouvriers, quand ils ne sont plus. assujettis à de longues heures, conservent du temps de reste poursonger à leur situation, chercher les moyens d'en sortir, se concerter, s'organiser, élever de plus grandes exigences. Au point de de vue dela production-le travailleur étant considéré seulement comme machine vivante - peu importe 10 ou 12 heures, mais, au point de vue de la répartition, il ne faut pas oublier que c'est un homme, dont les besoins et la force de résistance croîtront avec les loisirs. Le tisserand, travaillant dix heures, produira autant .et peut-être plus que s'il en travaillait douze, mais il ne tardera pas à réclamer une part plus considérable du produit. Il n'est pas douteux qu'en. dernière analyse, la diminution des heures de travail n'entraîne, en même temps que l'augmentation des salaires, la réduction des profits du capitaliste. Donc, les salariés et la com-- munauté en général ont intérêt à la limitation de la journée, tandis que les chefs d'industrie, s'ils se placent au point de vue étroit de leur intérêt individuel, doivent logiquement agir en sens contraire. Pour qu'il en soit autrement il faudrait qu'ils obéissent à des mobiles altruistes. Or, combien n'en est-il pas, qui pensent, en leur intérieur, ce qu'un des leurs a eu le triste courage de décla-

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