420 LA REVUE SOCIALISTE n:1tion à s'entendre à s'aim3r et à s'aider, fait deux bêtes brutes. qni ne cherchent qu'à se nuire, à se déchirer et à se dévorer. La question d'arg,mt ! C'est elle, en un mot, qui tend et exalte. tous les ressorts de notre égoïsme; qui exaspère la lutte pour la vie, et en fait une affreuse bagarre où, sans pitié, les forts écrasentles faibles, les gros mangent les petits. Assurément, l'intérêt personnel est le facteur essentiel de toute activité, de tout progrès social. Mais d'abord, la nécessité de travailler pour vivre, ensuite les nobles attraits de la gloire ou, plus modestement, de la considération, de l'estime de ses contemporains, le souci de ce qu'on appelle une bonne réputation ne constituent-ils pas pour chacun de nous un intérêt personnel suffisant, et qui, pour être purifié de l'alliage grossier du motif pécuniaire, n'en est que plus libre et plus réellement capable de s'adapter aux exigences de la vie• sociale ? Oui, mais - dira-t-on - votre société, composée d'hommes qui ne travaillent plus pour leur compte, c'est-à-dire dans le but de s'enrichir coûte que' coûte; dans laquelle tout le monde sera embrigadé, encadré dans des compagnies ouvrières où le travail sera régulièrement organisé, où chacun sera classé selon sa valeur effective; cette société-là ressemblera à une caserne. Ce reproche est un de ceux qu'on adresse le plui=;couramment. aux. doctrines socialistes. Regardons-la et n'ayons pas peur de la relever. Singulière contradiction, en effet ! On vante à tout instant les beautés et les vertus de l'organisation militaire ; on dit de l'armée qu'elle est l'école de l'honneur, du courage, du patriotisme, du dévouement ; que nulle part mieux que là, ne se trempent les caractères, ne se fortifient les cœurs, ne se disciplinent les mauvais instincts; que nulle part ne règne une plus noble etplus active émulation entre les hommes; que l'armée en même temps qu'elle est la force d'une nation, en est l'orgueil et la. gloira. Et ùes qu'il est question, dans les discussions économiques, d'appliquer aux associations civiles et pacifiques des travailleurs. quelques-unes des règles morales et positives de l'association militajre; aussitôt, de droite comme de gauche, s'élevent de clameur indignées : cc Eh quoi ! vous voulez assimiler le travailleur à un soldat? Vous voulez faire de l'Etat une vaste caserne ? Vous voulez donc éteindre tout esprit de progrès et d'initiative, toute liberté ? )) Mais la contradiction est spécieuse. Sans doute, quand on considère l'armée au repos, l'armée dans les casernes, l'armée désœavrée et inutile; quand on voit le soldat, soumis à une disci-
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