418 LA REVUE SOCIALISTE genre de celle qui ferait gagner le gros lot à quelqu'un qui n'aurait pris aucun billet de la loterie. Mais tu as le droit : n'est-ce pas superbe ? >> Parbleu ! nous avons tous le droit d'attrapper la lune avec les dents. Aucune loi, aucun règlement de police ne s'y opposent. Est-ce à dire que nous en ayons le pouvoir ? Cette plaisanterie, au nom de laquelle la classe possédante prétend maintenir sous sa sujétion la classe poRsédée, commence, si je ne m·abuse, à être usée passablement. Et l'on peut prévoir le jour prochain où la bourgeoisie capitaliste sera obligée de fournir à ses sujets une viande moins creuse que celle de ces droits platoniques avec l'ombre desquels elle amuse, depuis tantôt cent ans, un publics de badauds. Quoiqu'il en soit, le seul exemple de cette immense majorité de travailleurs, vivant au jour le jour, sans même être assurés de leur pain du lendemain, ne prouYe-t-il pas que ce mobile de l'intérêt pécuniaire n'est pas absolument indispensable pour que nous puissions concevoir une société dans laquelle il serait inconnu, ou tout au moins subalternü;é? J'estime qu'il faut, au contraire, retourner l'argument et hardiment soutenir que, dans une société d'oô. le mobile pécuniaire, la nécessité ou le désir de gagner de l'argent seraient éliminé,; à la fois comme inutiles et impossibles, le travail perdant son caractère d'obligation pénible et souvent dégradante, acquerrait son véritable caractère de fonction publique - comme nous le Yoyons déjà clans les diverses catégories où la rétribution ou salaire du fonctionnaire est fixe : l'armée, la magistrature, les serYices administratifs. Pensez-Yous que si les savants, les littérateurs, les artistes, ébientaffranchis de lanécessité de faire commerce et de battre monnaie avac leur production, l'art, la littérature, science aujourd'hui fatalement mercenaires ne gagneraient pas en véritable noblesse et en véritable liberté? Au lieu d'être asservi, comme il l'est, aux com11urndes de l'industrie, aux caprices de la mode et aux aberrations du goût, le génie humain pourrait largement déployer ses ailes et planer bien au-dessus de nos mesquineries et de nos préjugés. Toute grande découverte scientifique, toute œuvre d'art supérieura, sont au-delà des besoins présents et de la compréhenHion contemporaine. Un homme de génie est un homme dont la pensée dépaHse la génération actuelle et va au-devant de la génération à venir. Il est comme un voyageur qui ayant gravi un sommet, découvra des paysagas, des horizons et dos ciels que ses compagnons, demeurés derrière lui dans la plaine, ne peuvent aperceYoir. Faites le compte des hommes de génie compris et salués
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