La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LA RÉVOLUTION DE DEMAIN 417 chûte (1). Car, dans cette mêlée furieuse des égoïsmes, la ploutocratie moderne. 'Se décime de ses propres mains. Chacun voulant toujours être de plus en plus riche, cherche à détruire ses concurrents, et, avant peu, toute la richesse sociale sera au pouvoir de de quelques milliardaires. Alors, de deux choses l'une: ou le peuple, avili, tombera à l'état de plèbe ignoble sous la dictature du roi des Juifs; ou il se lèvera enfin, dans un élan de colère ou de dégoût, et d'un coup d'épaule l'ordre bourgeois, représenté par cinq ou six grandes banques ou syndicats, sera ranversé. Mais cet appétit déréglé, cette fièvre dévorante de l'or, celte insatiable et féroce convoitise de la fortune, sont-ce donc là des vertus sociales que nous devions conserver et développer ? C'est la maladie au contraira, c'est l'horrible mal qu'il faut guérir; car s'il ne disparaît pas, c'en est fait du malade. Et quoi l on ose prétendre que si l'homme n'a plus l'espoir de devenir riche, il ne voudra plus rien faire! Mais est-ce que l'immense majorité des hommes n'est pas précisément destituée de cet espoir ? Est-ce que les millions de prolétaires industriels ou agricoles, qui constituent le principal élément de notre activité sociale, ne sont pas irrévocablement voués au travail, sans autre perspective que celle d'en retirer juste ce qu'il leur faut pour ne pas mourir de faim ? Vous dites au salarié de l'usine, du chantier ou du champ : « Travailles, parce qu'en économisant sur ton salaire qui te donne à peine de quoi te nourrir, tu peux légitimement espérar, au bout de vingt, trente ou cinquante ans, de vivre de tes rentes. >> Et si ce salarié vous répond : cc Mais comment, avec ce salaire prasque insuffisant pour subvenir à mon existence de chaque jour, comment espérer jamais épargner assez pour devenir riche ? Vous répliquez : cc Mon brave, tous les français sont égaux devant la loi. C'est là le grand principe de 1889, en vertu duquel tu as le droit, entends-tu ? le droit d'être milliardaire comme M. de Rothschild. Sans doute, tu n'as et tu n'auras jamais le moyen de le devenir - à moins d'une de ces chances miraculeuses, du (1) Qu'est-ce que la France? écrivait Balzac en 1840, Elude sur Catherine de Médecis. Un pays exclusivement occupe d'intérêts materiels... où l'argent domine toutes les questions, et où l'individualisme, produit horrible de la division à l'infini des héritages qui supprime la famille, devorera tout, même la nation, que l'égoïsme livrera quelque jour à l'invasion? Pour être vieux d'un demi siecle, le tableau n'en est pas moins saisissant d'actualite. - Dans un article de la Justice, 9 janYi01' 1891, M. Camille Pelletan écrit ceci : << Il semble que r.ous descendons d'un degré ; les partis se meurent ; les idées politiques s'evanou1tosent; le monde del! affaires envahit tout. » 27

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