La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LA RÉVOLUTIO~ DE DEMAIN 413 changé à, cet égard. Nous avons tout comme au dix-neuvième siècle, besoin d'encourager les hommes, par d~s distinctions et des avantages, à donner le maximum de leurs efforts, dans n'importe quelle branche de l'industrie. . - Mais quels peuvent être ces encouragements, puisque. quelle que soit la somme de son travail, le revenu du citoyen reste le même ? Des caractères d'élite peuvent être stimulés parl'amour du bien public ; l'homme ordinaire restera endormi sur son aviron, en se disant que son sort ne changera pas, soit qu'Ü s'efforce, soit qu'il se relâche. - Quoi ! vous paraît-il vraiment que la nature humaine n'est pas sensible à, d'autres aiguillons que la crainte de la misère ou la soif du luxe ? Croyez-vous qu'à leur défaut, l'homme, assuré du lendemain, demeure s:ms ambition aucune ? Vos contemporains n'étaient pas de cet avis, bien qu'ils aient pu se le persuader. Quand il s'agissait d'efforts de la nature la plus élevée et de dévoûment absolu, ils comptaient sur de tout autres leviers de l'activité, humaine. Ce n'est pas l'intérêt mais l'honneur, l'espoir de la gl'atitude humaine, le patriotisme, l'enthousiasme du devoir qu'on faisait briller aux yeux du soldat, quand il s'agissait de mourir pour la patrie ; il n'est pas d'époque où l'appel adressé à, ces sentiments n'ait fait surgir ce qu'il y a de plus noble, et de plus élevé dans la nature humaine. Bien plus, si vous analysez cet amour de l'argent, le grand levier moral de votre époque, vous verraz que la cr.ünte de la misère et le désir du luxe n'étaient que deux des éléments qui entraient dans la compo~ition da ce puissant mobile. Il y entrait, en outre, la soif du pou voir, l'appétit d'une position sociale, l'ambition de la notoriété et du succès. Ainsi vous voyez que, tout en abolissant la pauvreté et la crainte qu'elle inspire, le luxe désordonné et les espérances qu'il sollicite, nous n'avons pas fait disparaître les motifs principaux qui de votre temps même, invitaient à la conquête de l'argent, ni aucun de ceux qui inspiraient les efforts suprêmes. Seulement, les mobiles grossiers ont été remplacés par des aspirations plus hautes, inconnues à la plupart des affamés de votre époque. Maintenant qu'on ne travaille plus pour son compte, que toute industrie se fait au profit de la nation, le patriotisme, la passion de l'humanité, inspirent à nos ouvriers ces mêmes sentiments pour lesquels accouraient vos soldats. L'armée industrielle est une armée non s,mlement par la vertu de son organisation parfaite, mais aussi par l'arleur de dévoûment qui anime ses membres. •De même que vo-.is, d'ailleurs, nous appelons l'amour de la gloire au service du patriotisme'. :comme notre système est fondé sur le principe d'obtenir de chaque homme le maximum de ses efforts, les moyens

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