La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LA RÉVOLUTION DE DEMAIN 411 nous donne le tableau hypothétique d'une société organisée selon le régime collectiviste : Un citoy~n de notre société contemporaine se trouve transporté subitement, par une fiction ingénieuse que je laisse aux lecteurs de cc Cent ans après ou l'an 2.000 )) le plaisir de go-Clter,dans une cité extraordinaire, où les formes, les procédés et les institutions de notre système économique moderne sont, depuis longtemps, oubliés : - cc Comment réglez-vous les salaires ? - demande notre contemporain au docteur Lecte, l'un des personnages le plus considérables de la cité. cc Le docteur Lecte réfléchit quelques moments, puis il dit: - cc Je suis assez.au courant de l'ancien ordre de choses pour comprendre ce que vous entendez par cette question; et cependant la société nouvelle est si totalement différente de l'ancienne, que je cherche une réponse qui vous paraisse bien claire. Vous demandez comment nous réglons les salaires ? La vérité est que nous n'avons, dans notre économie politique moderne, rien qui corresponde à ce que vous afpeliez de votre temps, des salai1·es. - Vous voulez sans doute dire que vous ne payez pas les services en argent comptant, réplique notre contemporain. Mais il me semble que le crédit alloué à chacun, dans vos magasins nationaux, correspond à nos salaires du dix-neuvième siècle. A quel titre l'individu réclame-t-il sa part du budget social ? Quelle est la base de la répa•rtition ? - Son titre, répondit le docteur, est le fait qu'il est homme; et telle est aussi la base de la répartition. - Le fait qu'il est homme ! répondis-je d'un ton d'incrédulité. Est-il possible que tous les citoyens touchent exactement la même 'part au budget social ? - Assurément, non seulement nous ne nous servons pas d'argent pour payer les salaires, mais, ainsi que je vous l'ai dit, nous n'avons rien qui réponde a votre idée de salaire. - Mais enfin, m'écriai-je, il y a des ouvriers qui trayaillent deux fois plus que d'autres. Est-ce que les ouvriers habiles ne se plaignent pas d'un système qui les place sur le même pied que les maladroits >) -·Nous ne leur donnons jamais l'occasion de se plaindre d'une injustice, dit le docteur, puisque nous exigeons la même somme de travail de chacun d'eux. - Je serais curieux de savoir comment, puisque l'on ne rencontre pas deux hommes dont les capacités soient exactement pareilles. - Rien n'est plus simple. Nous demandons à chacun le

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