La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

410 LA REVUE SOCIALISTE Je vais plus loin. J'ose prétendre que, même au point de vue de la justice distributive, il n'est pas vrai de dire que le bénéfice intégral réalisé sur le proùuit doive revenir au travailleur qui l'a créé, façonné ou fabriqué. Cela n'est pas vrai, en fait non plus qu'en droit, car dans une société où l'ensemble des matières premières, machines et cai:itaux étant destinés à produire non pour quelques-uns mais pour tous, ne sont la propriété de personne, mais le bien commun de la collectivité, tous tr.waillent pour chacun, et chacun travaille pour tous. Dàs lora, comment, dans le produit individuel de chaque collaborateur, déterminer la part qui est dûe à son effort exclusif, déduction faite de la valeur. du concours que lui ont fourni non seulement l'ensemble de ses contemporains, mais encore l'ensemble des générations passées ? << On ne peut - dit Auguste Comte dans sa PoUtique positive - constester la gravité nécessaire du service humain, quand on apprécie dans son ensemble l'existence de chaque génération qui toujours hérite, avant tout travail, du résultat accumulé de tous les travaux antérieurs >>. Si cela est vrai pour l'ensemble des travailleurs humains, comment ne serait-ce pas vrai, et bien plus vrai, pour chacun d'eux? Cela est si vrai que tous ceux qui, dans l'atelier social, ex~rcent une << fonction » administrative, judiciaire, militaire; ceux même qui, dans les manufactures de l'Etat, dirigent ou surveillent les travaux, sont rétribués par <lBstraitements fixes, proportionnés à l'importance sociale de leurs fonctions. Il suffit de considérer les autres collaborateurs de l'atelier, qui exécutent sous les ordres, la direction ou la surveillance de ceuxlà, comme exerçant, eux aussi, une fonction d'ordre public, pour concevoir qu'il ne saurait également leur être attribué autre chose qu'un traitement, correspondant à leur rang dans la classe professionnelle à laquelle ils appartiennent. Car le produit de leur travail est aussi social dans sa source et dans sa destination que le produit du travail de ceux : directeurs, contre-maîtres, surveillants, qui les commandent; que le produit du travail de ceux: administrateurs, juges ou arbitres, soldats, gens de police, chargés soit de maintenii~ l'ordre matériel indispensable pour que les travailleurs puissent exercer leur << fonction », soit de pourvoir à la bonne gestion de la richesse publique seule garantie de la régulière répartition de leurs traitements. C'est à une telle conclusion que se fixe l'auteur d'un livre extrêmement suggestif qui, dans une forme littéraire, attrayante.

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