La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LA RÉVOLUTION DE DEMAIN 409 mesure de la rareté ou des proportions de la difficulté de remplacer. On peut donc dire, en conservant aux mots leur sens habituel, • qu'un objet a d'autant plus de valeur qu'il est plus utile, soit parce. qu'il répond au besoin existant, soit parce qu'il dispense du sacrifice;d'argent ou d'efforts qu'il faudrait s'imposer pour s'en procurer un pareil. « Dans toute valeur, il y a <lu travail, parce que l'homme doit au moins cueillir le fruit que la nature lui offre; mais la valeur n'est pas en· proportion du travail, parce que, s'il cueille une noisette, il aura une valeur bien moindre que s'il détache un régime de bananes. >> Si la valeur, le prix d'une chose dépend de mille conditio-µs de temps, de lieux, de circonstances qu'il est impossible de prévoir, comment déterminer la valeur, le prix de chacune des heures de travail employées pour produire cette chose et la mettre à la disposition du consommateur ou acquéreur ? Et cependant, puil,que l'on prétend attribuer à chaque travailleur le produit intégral de son travail, il faut bien, de toute nécessité, pour éYaluer ce produit intégral, prévoir l'intégral du prix de l'objet créé ou fabriqué. En sorte que, au lieu que ce soit le temps de travail qui fixe la valeur du produit, ce serait la valeur du produit, déterminée seulement, au moment où il est mis à, la disposition du public, soit par son abondance, soit par sa rareté, soit par l'empressement du public à se le disputer, soit par le peu de faveur qui l'accueille; ce serait la valeur du produit qui fixerait la valeur du temps <le travail employé à le fabriquer. Et ainsi le taux de l'heure de travail, et par conséquent la répartition entre les travailleurs du bénéfice intégral qui lui revient, ne pourrait être arrêtés et effectués qu'après la vente (je dis : vente, bien qu'en régime collectiviste, il n'y ait, en réalité, qu'échange de produits) de l'objet. En somme, le phénomène de fixation de la valeur des produits et de réalisation du bénéfice s'opérerait, dans la société collectiviste, absolument comme il fonctionne aujourd'hui. La répartition seule serait modifiée, en ce sens que tout le bénéfice réalisé serait partagé entre les travailleurs associés, le capitaliste - patron ou actionnaire - étant éliminé. Sans doute, cette idée de donner à chaque travailleur l'intégralité de la part à laquelle il a droit dans la production .sociale, part correspondante à la valeur utilitaire, d'usage, ciemode ou de luxe, de ce qu'il a produit, cette idée est séduisante et paraît conforme à la justice distributive. Mais on voit à quelles difficultés se heurte son application.

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