La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LA RÉVOLUTION DE DEMAIN 407 dans une certaine mesure à cette double détermination préalable de la procruction et de la consommation. On peut, en effet, pour les produits conservables d'une année à l'autre, ou même aux suivantes, tenir compte de l'excédent ou du déficit possibles, de façon à prévoir un chiffre de production correspondant au chiffre de la consommation. Il n'en saurait être de même pour les produits dont la consommation doit être immédiate: tels la plupart des produits maraîchers, pour ne citer que cette catégorie. Mais admettons que pour toutes les espèces de produits naturels, de produits de consommation, on puisse exactement évaluer la quantité qui sera annuellement nécessaire à la population. Admettons que les aléas de la production résultant des intempérie, ou de toute autre cause, puissent être normalement calculés, et atténués dans une mesure suffisante. La valeur de l'heure de travail sera clone fixée, tant bien que mal, au profit des travailleurs agricoles. Soit. En sera-t-il de même aussi aisément pour les travailleu.rs industriels? Les produits industriels, dans leur immense majorité, ne sont pas d'un usage général et nécessaire, même ceux qui, à ce point de vue, seraient le plus assimilables aux produits naturels - le vêtement, par exemple - ne sauraient d'avance être ai~si réglés. Tout le monde s'habille, assurément, plus ou moins. Mais quelle infinie variété dans les goûts <lechacun! Pourrez-vous,je ne dis pas: exactement, mais seulement à un certain degré d'approximation, prévoir quelle quantité d'étoffes, de draps, <le chaque espèce, de chaque nuance, sera nécessaire, dans tout le cours de l'année, pour satisfaire à la demande des quarante millions d'hommes, de femmes et d'enfants composant la nation ? Si cela n'est pas possible - et comment cela le serait-il, à moins de supposer qu'une loi fixera et règlera l'habillement de chaque individu ?-Comment, pour tous les travailleurs employés à la fabrication, à la teinture de ces draps et de ces étoffes, la valeur de l'heure de travail pourra-t-elle être déterminée ? Si }a question se pose ainsi pour les produits industriels les plus indispensables, combien plus fortement elle s'impose pour les produits d'usage arbitraire, intermittent, de luxe ou de fantaisie ? Toutes ces variations de la valeur des choses sont admirablement mises en lumière par M. de Laveleye: t< En un jour de chasse, j'abats un chevreuil et vous un lièvre. Ils sont le produit des mêmes efforts pendant le même temps : auront-ils la même valeur ? Non ; le chevreuil me nourrit pendant

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