La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

406 LA REVUE SOCIALISTE les membres qui les composent. Mais que faire, si l'une d'elles n'a pas le nombre de travailleurs nécessaires ? Attribuer dans celle-ci une rémunération plus forte à l'heure de travail. « Reprenons les chiffres que nous avons pris tout à l'heure. La somme de travail qui incombe à une corporation s'élève, je suppose, à quinze millions d'heures. L'Etat met à sa disposition une rémunération équivalente, soit quinze millions de bons du travail. Si 1.000 ouvriers se présentent, chacun fait 1.500 heures et reçoit en bons la même valeur. Il a ainsi sa part normale dans les produits de la nation. Mais s'il vient seulement 500 ouvriers au lieu de 1.000, cela démontre que la rémunération offerte est insuffisante pour assurer le travail ; l'Etat doit donner le double de bons, soit trente millions au lieu de quinze millions. - Si au contraire 12.000 ouvriers offrent leurs services, ce fait prouvera que le travail est plus facile et vaut moitié moins. <c On pourra donc ainsi dresser une échelle de valeurs et dire ~ dans le premier cas, l'heure de travail vaut 1 ; dans le second, elle vaut 2 ; dans le troisième l,'2. « Il va sans dire que le tarif ainsi établi pourra changer, si les ouvriers refluent vers les métiers les mieux rétribués comme il est naturel. Quoiqu'il arrive, il sera toujours déterminé par le libre choix des travailleurs. Du reste, comme la rétribution plus forte des uns réduira d'autant celle des autres, ceux-ci, qui seront le plus grand nombre, seront intéressés à faire cesser cette inégalité en diminuant les inconvénients et les dangers des travaux mieux. rémunérés. Il est donc permis de croire qu'à la longue la valem~ de l'heure de travail deviendra presque partout uniforme. » Cette théorie n'est pas sans soulever, à mon sens, de sérieuses objections. Et tout d'abord, la valeur du produit peut-elle être déterminée uniquement d'après le temps nécessaire à la réalisation ? Cela se conçoit, à la rigueur, lorsque le produit est d'une consommation ou d'un usage général et nécessaire. C'est pourquoi, d'ailleurs, Karl Marx a pris le soin de bâtir toute son argumentation sur le produit le plus uniformément et le plus certainement usuel : le froment. Il serait, en effet, possible d'évaluer, chaque année, les besoins. de la population, quant à la consommation du pain. Car tout le monde mange du pain, et tout le monde en mange dans une proportion que l'on peut presque exactement déterminer. Il en est de même, - bien que, déjà, la détermination soit plus incertaine - pour d'autres produits de consommation générale : la viande, le vin, la bière, etc. Mais une foule d'autres substances alimentaires échappent,.

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