394 LA REVUE SOCIALISTE manderait ici en maître détournant ces unions de la communauté ouvrière. Que cela puisse parfois se produire clans les Trades Unions, encore une fois, c'est tout à fait naturel. Le capitalisme étreint le monde, usant de tous les moyens pour désarmer la classe ouvrière. Et si parfois quelques Trades Unions ont été vaincues par les luttes violentes que leur livraient les capitalistes, quelques autres ne peuvent manquer de tomber clans les pièges que la société bourgeoise ne cesse de leur tendre. Mais les instincts de communauté et de solidarité ouvrière n'en dominent pas moins le mouvement Trade Unioniste. Et celui-ci poursuit sa marche, rassemblant les Trades Unions dans des institutions communes et les dirigeant vers le but commun : le triomphe des intérêts ouvriers it assurer contre les intérêts capitalistes. ToutefoiH les Trades Unions rencontrent clans leur marche progressive un obstacle autrement dangereux que ne peuvent l'être les attraits de l'égoïsme bourgeois, car cet obstacle-là sort du tempérament anglais lui-même ; je veux parler d'un sentiment très enraciné en Angleterre : le sentiment de la respectabilily. C'est bien une étrange invention que la respectability qu'affichent toutes les classes de l'Angleterre. lei, sur le continent, tous les ouvriers sont des ouvriers et se prennent pour des ouvriers. 1\fais en Angleterre, il n'en est pas ainsi : l'ouvrier respectablf' Retiendra tout à fait à l'écart de l'ouvrier qu'il ne jugera pas respectablf>.Des ou vriersAnglais ne m'ont-ils pas dit que d'autres ouvriers n'ont pas voulu travailler avec eux, parce que ces ouvriers-lit payaient une cotisation de neuf sous it leur Trades Unions, tandis qu'eux-mêmes n'en payaient à la leur qu'une de cinq sous? Les 11euf sous se salissant aux cinq .sous : voilà la respectability. Tel est cc sentiment :purement conventionnel qui, à son tour, a établi des démarcations conventionnelles inouïes. La 1·espectability n'a rien it faire, bien entendu, avec la dignité que tout homme a en lui-même: non, c'est le mépris pour tout ce qui n'est ni sa société, ni sa chapelle, ni sa maison, ni son blason, ni. sa Trade Union. C'est le mépris qu'ont toute une catégorie de gens pour toute une autre catégorie de gens et qui les empêche de se rapprocher. C'est la subordination complète à une tenue hypocrite : il faut d'abord paraître respectable soi-même, car sinon comment pourrait-on user de cette prérogative vis-à-vis des autres! Le sentiment de la respectability s'est tellement répandu en Angleterre qu'il a créé parmi les ouvriers des divisions profonùes. Les ouvriers slrilled, c'est-it-dire les ouvriers possédant un métier, comme les mécaniciens, les verriers, etc., ne pouvaient se laisser aller .'.tfrayer avec les ouvriers unslrilled, c'est-à-dire les ouvriers sans métier, comme les portefaix, les manœuvres, etc. Heureuse-
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