La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

L'ASSOCIATION OUVRIÈRE ET L'UNIONISl\lE ANGLAIS 395 ment que les ouvriers Anglais se sont aperçus que leurs intérêts généraux devaient primer toutes ces catégories particulières, et ils ont déjà refouJé une bonne partie <ledistinctions aussi peu naturelles. C'est ainsi que depuis trois ou quatre ans les ouvriers nmkilled étant parvenus à constituer des Trades Unions, sont raprésantés à côté des ouvriers skilled dans les assemblées communes des Trades unionistes, comme les Trades Co1mcils, les Trades Congress, etc. Il nous est vraiment difficile, it nous autras étrangers, de saisir combien est important le fait que des manœuvres et des portefaix siègent maintenant en Angleterre sur les mêmes bancs que ùes verriers et des maçons. Cela indique de la part des ouvriers. Anglais une condamnation radicale de mœurs depuis longtemps enracinées dans le tempérament de la race. Il y avait précédemment, chez les anglais, une différence absolue entre l'ouvrier slrilled et l'ouvrieriuiskilled, entre la maçon et le manœuvre, entre l'homme qui adapte les pierres ou les briques les unes aux autres pour faire une construction et celui qui les apporte simplement. Les ouvriers slcilled se considéraient connne tout à fait à part des ouvriers 1.mskillecl. Et nous n'exagérons rien en disant que si de pareilles mœurs ont changé, ce changement a en Angleterre l'importance d'une révolution. Mais quoique la classe ouvrière ait condamné les <listinctions entre les skilled et les unslrilled, ces distinctions ont régné pendant si longtemps qu'il faut se méfier des restes de leur influence. Et il existe encore <lestraces de leur influence, car bien des ouvriers prennent soin de lutter contre elles. Ceux qui luttent le plus sont naturellement les ouvriers vnslrilled eux-mêmes, qui avaient pâti si longtemps des démarcations entre skilled et unslrilled. Les 1mslrilled ont gardé un esprit de résistance très prononcé contre les préjugés conventionnels des ouvriers skilled. Et en fondant des Trades Unions, il y a quelques années, les ouvriers u11skilled ont créé des sociétés d'un tout autre esprit que les anciennes Tra-- des Unions des ouvriers skilled. Aussi dès que ces Trades Unions ont été constituées, on a parlé d'un nouvel unionisme, de nouvelles wiions, et on a opp'os_é ces 11ow:ellesii1u'ons aux vieilles unions. C'est bien, en effet, dans l'esprit de résistance contre la convention des vieilles 1.mions que réside en réalité le nouvel 1.mionisme. Les 1wnvelles imions ne veulent pas pour le Tra<le uniordsme des idées de respectaùility et des mœurs 1·espectables qui ont trop de fois rendu les vieilles unions des corps pleins de préjugés de caste et séparés de la masse ouvrière. Aussi le nouvel union1·sme pousse-t-il fortement les. Trades Unions dans leur marche progressive : il veut qu'elles se.

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