La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

L'ASSOCIATION OUVRIÈRE ET L'UNIONISME ANGLAIS 393 Et en mème temps,ayant à soutenir la lutte des ouvriers contre les capitalistes, les Trades Unions forment à côté de leurs organisations particulières, des organisations plus générales, où, se réunissant les unes aux autres pour les affaires communes, elles préparent le triomphe du mouvement ouvrier socialiste dans l'individualiste Angleterre ! Certes il est impossible de demander aux Trades Unions de manifester' en temps ordinaire, toutes à la fois, la solida- ·rité qui est au fond des cœurs ouvriers : elles ne peuvent se réunir que les unes après les autres et par étapes successives; car le mouvement ouvrier anglais ne se produit pas, comme cela a lieu par exemple en Allemagne, par l'apparition d'une masse unique de prolétaires soumis à une discipline unique. Ce sont des sociétés particulières qui en Angleterre participent au mouvement ouvrier et l'accélèrent en s'animant les unes les autres. Mais qu'importe le chemin suivi, pourvu que l'on arrive au but? Et ne voyons-nous pas, d'ailleurs, qu'en s'adaptant, comme il le fait, aux divers caractères nationaux, le mouvement ouvrier donne encore une preuve de son intensité extraordinaire et de son puissant internationalisme? Qu'importe même si, en dehors de toutes les 'frades Unions qui ont des tendances à la communauté et qui impriment une impulsion véritable au mouvement ouvrier, il s'en trouve quelques-unes qui inclinent au contraireàl'individualisme? N'est-ce pas la majorité qui décide ? Et en Angleterre surtout, où l'on n'arriverait à quoi que ce soit si l'on faisait attention aux dissidences particulières ! D'ailleurs ne serait-il pas naturel que quelques Trades Unions résistassent au mouvement général vers la communauté ? Serait-il étonnant que parmi les unions qni se trouvent en possession de ressources convenables, quelquesune se laissent aller à jouir de leur argent d'une façon égoïste et personnelle? Elles formeraient par exception une petite bande de sociétés séduites par les instincts capitalistes et infidèles à la cause ouvrière, voilà tout. Du reste, elles n'auraient pas longtemps à vivre, car, demeurant seules, elles seraient vite abattues par les patrons, qui n'éprouveraient aucune gêne à imposer des réductions de salaires aux membres de ces unions. Mais d'ici là, elles jouiraient, sans songer à leur mort, d'un bonheur consistant à bien profiter de leurs différentes qaisses : caisses de secours, de retraites, etc... Aussi pourquoi s'imposeraient-elles des sacrifices pour d'autres unions ? Bien davantage ne compromettraient-elles pas tout ce qu'elles possèdent, ne compromettraient-elles pas leurs intérêts si vifs, en les confondant avec les intérêts d'unions moins riches? Ne risque-t-on pas de se ruiner en s'alliant à de moins heureux, â de moins fortunés que soi ? Et l'égoïsme bourgeois corn-

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