La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

386 LA REVUE SOCIALISTE vrier ne s'est pas contenté d'opposer sa faiblesse : il a fait intervenir une force morale, un contrat, celui-là véritable et signé par des égaux: l'association entre ouvriers. L'association, voilà le principe nouveau, qui est venu rompre la subordination par laquelle l'ouvrier se trouvait fatalement aux mains du capitaliste, comme l'éponge est aux mains qui la pressent. L'ouvrier a entendu l'écho de ses aspirations dans la profonde communauté d'aspirations de ses semblables, et il est parvenu à exprimer cette communauté dans une réalité vivante : l'association ounière. Par l'association, l'ouvrier a fait naître une puissance collective, et il a attaqué le capitaliste dans ses mœurs mêmes: il a opposé la collectivité ~t l'individualisme de la société actuelle. Par l'association l'ouvrier est enfin sorti des habitudes antagonistes et de régoïsme vulgaire de la société bourgeoise. Et certes en élevant la formidable puissance de la communauté en face de tous les antagonismes de la société bourgeoise, les ouvriers réservent plus d'une surprise aux bourgeois. Ceux-ci, en effet, prenant leurs mœurs pour quelque chose d'inévitable, n'en étaient-ils pas venus jusqu'à considérer comme fatale la dure situation de l'ouvrier? N'y aura-t-il pas toujours des forts et dés faibles ? Et comment l'ouvrier pourrait-il se rendre puissant, lui qui ne possède aucune ressource matérielle, lui qui n'a rien en dehors de sa propre personne? A chacun ce qu'il a, c'est fatal. Et l'égoïsme et la fatalité régnaient en maître8, dans le cœur des bourgeois. Et dans l'idée cle ces satisfaits l'inégalité qui séparait les deux individus, le capitaliste et l'ouvrier, restait toujours le même durant les siècles des siècles ..... Mais l'ouvrier n'a rien admis d'une pareille fatalité et il a entrepris de faire ses affaires lui-même : il s'est associé à d'autres ouYriers. Et que l'o.:ivrier s'associe de plus en plus à d'autres ouvriers, que tous les ouvriers s'associent entre eux, et la société qui fait leur misère croulera tout d'une pièce ! En tout cas, par des associations même partielles, les ouvriera arriveront à miner, clans leurs bases les plus profondes, l'indi,·idualisme bourgeois et la puissance du capital. Je n'ai pas it faire ici un traité de l'association, ni à en indiquer une doctrine. Loin de moi toute théorie et toute métaphysique! Mais il me semble intéressant de montrer par une étude pratique quels peuvent être la force et les effets de ces associations ouvrières qui, amassant leur fonds sous par sous, organisent déjà, s:ms se laisser arrêter par aucune difficulté, la lutte du travail contre le capital.

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