380 LA REVUE SOCIALISTE Un Gas:::on au Mexique, par Ludovic Chambon. Paul D•.1pont,éditeur, Paris. Sans mal de mei· ni danger de fièvre jaune, les membres viet·ges des sanglants a~sauts de toute la moustiquaillerie tropicale, je me sui.; en quelques heures offert le luxe d'un/J excursion à travers les provinces mél'idionales et centrales du Mexique. i\Ion guide, Un Gascon au Mexique, pat· Ludovic Chambon. En me séparnnt de lui, je gat•dë de cette contrée, non ma vision rapide, fugitive, superficie!le, mais au contraire, des souvenirs précis, nuancés, multiples. 1\1. Chambon ne s'é~ertue pas à soutirer l'admiration du lecteur par de belles périodes, des flots d'érudition ou de l'espt·it à j0t continu, il écrit sans prétention, sans pose, ce qui nous vaut un livre charmant, original, d'ailleurs très littéraire. Par les cités Yui:atèques, rlans le Tabasco ou le Chcpias, dans la fori\t vierge, chez les Indiens, en quelque endroit que nous emmène i\l. Chambon toujout·s nous s.;rons intéressés. L'auteur excelle aux descriptions, aussi quelle avalanche de jolis paysages, de ruines majestueuses, évocatrices d'un splendides passé. Que si d'aventure l'ambiant se fait monoton~, nous n'aut·ons pas le temps de nous en apercevoir, car i\l. Chambon qui possède un beau capital d'anecdotes le dépense alors avec infiniment de talent et parfois nous nous prendrons à regrettet·, que la beauté du site requérant l'admiration de !"aimable conteur, soit écourté Je récit sentimental ou rabelaisien, plus souvent rabelaisien. Je m'empl'esse de dire qu'en ce livre tout n'est pas, débauche de couleurs ou rires sonores; on tourne une page d'une verve endia\Jlée et l'on s'an·ete à une phrase interrogative, qui va suggérant de gt·aves réflex.ions. Sur la famille, J'aœout.; le travail, des considérations qui ne manquent ni de justesse ni de profondeur. Je ne puis résistet· au dè:si1·de reproduire quelques passages du chapitre en lequel i\l. Chambon nous donne un tableau si vivant llt si poignant de l'exploitation éhontée dont les Indiens sont victimes au Mexique. (( Voici commE-nt un Indil'n pert légalement sa liberté. Il -vit heureux, tranquille, mais le brillant salaire qu'on fait mi:·oiter à ses yeux et le noble désir de gagner davantage, le décident à passer un contrat ajuste, pat· lequel il s'engage à travailler pendant un certain temps, quatre ans au plus. Article 25. - Loi de Tabasco. - On appelle ajuste le contrat par lequel un individu fournit à un autre ses services personnels poui· les travaux ùes champs, moyennant une certaine rétl'ibution ... » Notez bien que la prévoyante loi n'autorise ce contrat que en los trabajos del campo. Seuls en effet, les Indiens peuvent supporter les travaux des champs dans ces régions tropicales. Les injustices du péonnage ne peuvent se commettre avec impunité que loin des Yilles, dans l'isolement des haciendas et des montel'ias. L'article 26, Ley de Tabasco, dit bien : « Es nulo el contrato pei·petuo de ajuste » ; mais on le t·end perpétuel avec les moyens fournis par la loi ellemême. >J <l Pout· se mettre sous le couvert de la loi, le propriétaire n'a rien de plus pressé que de se faire Je .:réancier de rnn Indien. Aussi subvient-il tout d'abord à ses premiers frais d'ir:stallation, et lui fournit-il génét·eusement €au-de-vie, remèdes, habits, viande, vivres de toutes sortes, nécessaire et superflu, mais en reportant sur ses registres 1riplée ou quaùruplée, toujours enfin multipliée la valeur de ce qu'il donne. Et quand le pauvre péon demande son ~ompte, il se trnuve débiteur de· 7 à 800 piastres. Le propriétaire dans sa malhonnêteté, force ainsi la note non seulement pour faire de
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==