La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

REVUE DES LIVRES 381 son serviteur un esclave en l'empêchant de se lilJére!'. mais encore pour épouvante!' par.la rondeur de la somme à débourser les autres hacendadns, ranche1·os et ·entrepreneu1·s désireux d'achete1· les travai!leurs en payant leurs dettes. Ces actes indignes lui sont rendus faciles par son rôle d'intermédiaire entre les comme!'çants et ses hommes. Tout ce que ces derniers reçoivent passe par ses mains. Ainsi donc, se trouvant à la fois débiteur du t1·avail reçu et créancier des avances faites, c·est-à-dire fournisseu1· et payeur, il est tout _naturellement tenté de falsifier sa comptabilité; et de faire la IJalance à son profit. >J • Revenons .à !'Indien fort étonné de devoir 7 à 800 piast1·es. Que lui reste-t-il à faire? . Abandor,ner son maitre? Mais non I il doit rester en service jusqu'à l'extinction C:esa dette. Réclamer? Mai_spomTait-il discutPr? Il est timide et sans instruction. De plus il s'expose à recevoir des coups de fouet (azote). ·s'adresser aux juges? Mais tous les juges sont vendus aux riches. En suite les haciendas et les monterias sont parfois à plusieurs jours de marche des cent1·es importants, et le propriétaire, dans la crainte d'une évasion, prend ses mesures pou1· évite,· au péon tout voyage à la ville. Payer sa nette? Impossible, ses économies sont nulles, ses parents et amis sont aussi pauvres que lui. • 1( Fatigué de cette vie de misérable, il prend parfois la suprême résolution de fuir. Aussitôt il tombe sous le coup de l'art. 31,déjà cité; on le coni-idill'e comme un profugo (fugitif) et plusieurs limie1·s se lancent à sa poursuite. (< Les Indiens réclament-ils, refusent-ils de travailler, ne sont-ils pas respectueux, aussitôt on leur donne 6, 12, ou 25 coups de fouet, suivant la g1·avité de leu1· prétendue faute. Le patient s'agenouille, s'appuie sut· les talons et cou1·be le dos. L'encargado frappe sur les reins. Le torse est nu ; de plus on a soin de faire coller le pantalon sur la peau, pour qu'aucun pli ne diminue la force de la flagellation. Les uns hurlent de douleur, les autres i-e !'Ontentent de serrer les dents. A la fin du châtiment le péon doit saluer l'cncargado et lui baiser la main. On ne fait exception ni pour les femmes ni pour les enfants, Au Yucat.an, ces derniers sont obligés après chaque coup re(u, d_edit-e én maya: « Mahatin, sontimeté. (Pardon, je ne le ferai plus). » " Les choses en resteront là tant que la justice ne sera pas mieux rendue au Mexique, tant que le d1·oit de liberté de travail ne si:ira pas (après éducation préalable, solennellement p1·uclamé),et tant que haciendados, 1·anrheros, entrepreneurs, etc., seront à la fois les payeurs et les fournisseurs de leurs hommes. Jusqu'alors, sans espoit· de se libé1·er, sans aspiration, n'ayant que la houteille d'eau-de.vie pour unique désir, les Indiens continueront à croupit· dans lem· esclavage déguisé. li est triste de voit- maintenant si maltraités et si exploités, les descendants de la belle race dont l'intelligence et la civilisation sont encore prouvées par les splendides cités en ruine de l'Amél'ique Centrale. Il est triste surtout de voir ces choses pendant que le socialisme agite la vieille Europe. » En M. Chambon est un humoriste, un écrivain très artiste qui plus d'une fois dans Un Gascon au Mexique me faisait songer à Alphonse Daudet; les précédentes citations suffiront à prouver qu'il y a aussi en lui un penseui· que n'indiffèrent pas les préoccupations sociales. La belle pitié qu'il affi1·mesi éloquemment pour les victimes de l'exploitation capitahste, sa sincët·e indignation contre des violences, des èruautcs telles qu'on a peine à s'en

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