La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

37G L.\ REVUE SOC TALISTE plus g·rossiers jusqu'aux aspirations les plus élel'ées de notre humanisation 't N'oublions pas que si les p,·emiers hommes ont pu triompher de leurs ennemis de toutes sortes, ce fut en unissant leurs efforts, en se solidarisant pour la lutte et non en se déchirant les uns les autres. Voyons donc ce que nous enseigne l'histoire, comprenons ce qui se passe sous nos yeux. N'el>t-il pas profondément suggestif de constater précisément que l'Indi\'idualisme à outrance absorbe de plus en plus les forces l'il'es des classes dirigeantes, dites éclairées, sans doute parce qu'elles sont surtout al'eug·lées par les ,·ieilles idées métaphysiques et les conceptions mystiques de la \ïe et de la Société, en face de l'instinct de solidarité qui groupe de plus en plus les prolétaires dans leurs rel'endications sociales, humaines? Qu'on le ,·euille ou qu'on ne le \'euille pas, l'al'enir est au sens social des sentiments et des idées, de la Littérature et des Arts, de la Science et de l'industrie, de la Morale et de la Philosophie. Dr Julien P10GER. Vamireh, roman des temps primitifs, par J .-H. Rosny; Kolb, éditeur. Peu après Daniel Valgmivc, cette étude si noblement philosophique d'une conscience s'orientant ,·ers le rationnel altruisme, ,·ers l'idéale morale ou le Bien sera conçu comme la source des psychés les plus belles, les plus pmfondes, les plus finies et l,1splus intenses et non point suivant les p1·éceptes incomplets des Erangiles, J .-II. Rosny nous a donné Vamù-eh une autre étude non moins saisissante, non moins philosophique. L'auteur prend l'Homme à l'él'eil des idées. Il y a vingt mille ans. Les grandes races animales l'ont disparaitre. L'Homme habite les cavernes, c'est le robuste Dolichocéphale. C'est le temps de la horde et des acti,·ités belliqueu,.es, mais déjà des tendresses naissent en l'Homme, des rêres rngues le poussent à des réalisations artistiques. Et le li,·re s'ouue sur des pages extraordinairement vil'antes La 1Yuit belliqueuse où s'agitent et combattent les grandes races animales, dont Yamireh, l'Homme qui contemple ces luttes, puis s'y mêle reste le définitif vainqueur. « Mais il était bien mol't le Félis Spelunca, il n~ devait plus faire trembler les ténèbres. L'homme se sentit dans la poitrine un graPd bienètre, le gonflement d'un orgueil très doux, un élar·gissement de personnalité, de l'ie, de confiance en soi qui Je tint rêveur et nerveux devant les fleurs lumineuses de l'aube. " L'auteur, dit ensuite la vie de la horde; les chasses, les funérailles d'un des chasseurs tué par un urus - et cela dans un style merre:lleusemenl adapté aux scènes décrites, puissamment suggestif. « Un jour de plus disparut à la profondeur du passé. Une nuit de plus découl'l'it un pan cle l'infini. Frissonnant, alors, al'CCdes imaginations embryonnaires, a,·ec la pensée du trhpas et de la nuit emmêlées, les humbles préhistoriques fidéles à Wanhâb ajoutèrent un rè1·e aux millions des rêves dont naquirent les cultes, dont naquirent les mariages <le la Peur, du Surnaturel et de l'immortalité. »

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