La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

REVUE DES LIVRES 375 est un grand senice rendu. Des expériences sociales comme celle du Familistère de Guise qui rassemble une société coopérative de production, une société coopérative de consommation, une caisse <leretraites. une ◊rganisation de secours mutuels, qui unit les intérêts des travailleurs à ceux des capitalistes en permettant aux ouvriers d'acquérir aisément leur part de capital, ont une grande portée. Peu à peu sans doute on pourra arriver aux gén/.ralisations. Pour le moment nous en sommes sur ce dernier point à la métaphysique. Principes monarchiques ou théoriques sur la soureraineté du peuple, sur le droit divin, sur l'égalité absolue, toutes ces doctrines paraitront peut-ètre quelque jour sans signification et sans importance. Ce n'est pas à dire qu'elles soient inutiles : ici comme dans le domaine scientifique, les théories générales non fondées ont pu être des excitations et des encouragements. Elles ont aussi de l'importance à cause. du plus ou moins de liberté qu'elles ont donné aux tentatives, aux essais nou,·eaux. Pour ré.ifier des théories alchimiques on a découvert des phénomènes certains qui ont donné_lieu à des généralisations par lesquelles ont été évincées les croyances dont elles dérivaient indirectement; po111· appliquer des principes douteux on peut créer des œuvres durables d'où so1-tiront un jour des formes générales de société qui élimineront les principes d'où pourtant elles proviennent. Un socialisme bien compris et bien appliqué rendra inutiles et vains la plupart de nos problèmes politiques, problèmes mal posés et i.gités dans le vide; la résolution des problèmes de la politique générale, de la théologie, de la métaphysique, de ces problèmes dont le souci se rél"eille avec tant d'.intensité est une <les faces de la question sociale. (( Ou s'en rendra compte mieux encore si l'on réfléchit à tout ce quc la société peut faire du pouvoir de l'homme pour connaitre et pour apprei1dre. Ce n'est que par les conditions sociales qui nous sont faites que r.ous pouvons acquérir des idées, apprendre des faits, et nous en servir. C'est par la société tiue nous avons la vie, la science et ,'action, toutes ces ouvertures vers un monde caché encore, que nous indiquions tout à l'heure c'est la société seule qui les peut agrandir. Et je sais bien la part immense qu'il faut faire à l'initiative individuelle, mais cette initiati,·e mème c'est le milieu social qui la prépare et lui donne son importance, c'est lui qui la rend possible et c'est lui qui la rend féconde. ,, N'est-ce pas bien là le sens social que nous donnons et cherchons maintenant en tout et partout ; n'est-ce pas là le développement du sentiment de la solidarité comme étant la véritable loi sociale? Depuis que la Révolution a fait retentir aux quatre coins du monde l'immense cri du réveil de la conscience sociale sour la forme de la revendication des Droits de l'homme, l'évolution toute entière des sociétés modernes est dominée par cette loi de la solidarité que subissent inconsciemment les gouvernements et les masses. Qu'est-ce donc, en effet, que ce Libéralisme plein de promesses, ce suffrage universel, ce parlementarisme tant décrié et si dévoyé, ce socialisme s-i irrésistible, ce Philanthropisme des rêveurs, des écrivains et des âmes charitables. Est-ce donc un re!:ite du sentiment du divin des Renan, de la religiosité des Spencer, ou n'i!st-ce point plutôt une poussée gigantesque de l'instinct des masses qui se développe et s'Qrganise à la façon des autres produits .de la vie depuis les appétits lei-:

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