La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

3ï4 LA REYUE SOCIALISTE flcation pour des êtres appartenant à un état social plus arnncé. Les anciens se préoccupaient de bien des choses qui ne nous intéressent plus, non parce que nous les connaissons mieux, mais parce que nous n'a,·ons pas à les connaitre. nous ne songeons pas à les déclarer inconnaissables, nous les avons éliminées du cercle de nos recherches parce que les questions qui traitaient d'elles n'avaient ni sens ni portée. « A mesure qu'on a reconnu la régularité des lois naturelles, on a enle\'é à Dieu une partie de son importance comme explication des faits, à mesure que l'on créerait la régularité et la finalité des lois sociales on lui enlèverait une partie de son importance comme régulateur des faits. Lorsque la médecine trouve un bon remède pour une maladie elle supprime un certain nombre des prières qui demandaient à Dieu la guérison de cette maladie. Des juges intelligents et intègres préviennent les recours à la Di\'inité qui ont pour but de réparer les injustices des hommes; un bon gouvernement sage et prudent prévient les prières innombrables que suscitent les maux de la guerre. Plus vous réduisez le mal sur la terre, plus aussi vous diminuez l'influence divine ; des caisses de retraite pnur la rieille~se, des sociétés de secours mutuels, des syndicats qui sauvegardent les intérêts, rendent inutile une bonne part de la Providence divine en organisant une providence humaine. Et qu'on ne croie pas qu'il ne s'agisse ici que d'intérêts matériels. L'adaptation à un état social plus élevé, la formation et le développement des sentiments de solidarité que l'expérience fortifierait au lieu de les détruire ou de les amoindrir comme cela n'est que trop fréquent, c'est au fond, le seul progrès moral que l'on puisse conceYOir. Et ceux qui croient le concevoir autrement se trompent, ce n'est pas la nature du progrès moral qui peut varier d'une société à, l'autre, c'est l'état social que l'on croit supérieur et que l'on se propose comme idéal. La sainteté d'un Fran\ois d'Assise est au~si malgré les appa1·ences un rê\'e de société. « Il est permis de croire que des progrès sociaux remplaceront les théories théologiques ou métaphysiques en supprimant les occasions de les employer ou de se poser les questions qu'elles doivent résoudre. Par quelle méthode est-il possible, si cette possibilité est réelle, de réaliser ces progrès ? Par la même méthode qui a permis de réaliser les progrès aveo cette différence toutefois qu'au lieu de constater, il s'agit ici de faire; nous venons d'entrevoir le côté idéal du système, regardons aussi son côté pratique. La vraie science n'a pas commencé par des lois généraleF, par des théories du monde, c'était la métaphysique et la théologie qui les ùonnaient, elle a commencé par des constatations de faits, et elle a continué par des groupemt>nts de phénomènes, par des généralisations de plus en plus. vastes, et sans doute la théologie et la métaphysique ont pu être et elles ont été en fait des excitatrices de la science, comme aussi le désir de satisfaire la faim, la soif et les divers besoins de l'humanité, mais elles se sont retirées devant elles: dès qu'une théorie scientifique a été fixée, elle a évincé une théorie métaphysique ou théologique. La connaissance de la pression atmosphérique a supprimé la théorie de l'honeur du viùe et dtL même coup une série de questions qu'on pouvait s'adresser à ce sujet. De même dans la pratique il faut commencer par de petites réformes, pardes faits positifs et précis, une bonne société coopérative bien organisée

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