La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

REVTIE DES LIVRES 373 résulte de l'état des relations entre nations différentes, état tel que cha- -cune d'elles est obligée de ne pas accepter Yis-à-vis des autres une solidal'ité, uue cli-penda.rice qui, en cas de conflit, pourrait être un péril, la patrie peut être, comme la famille, une forme d'association destinée à s'affaiblir sinon à disparaitre. En l'état actuel l'une et l'autre ne s'imposent pas moins à no~ deYoirs, nous ne de,·ons pas, pour agir, adopter des i.entiments qui règneront peut-être dans des miliers d'années, bien qu'il soit évidemment utile de prévoir Je sens de l'évolution et d'en tenir -compte. La désagrégation de la famille, depuis l'organisation de la cité antique, a fait plus de progrès qu'il ne lui en reste à faire pour que la famille, telle que nous la comprenons, n'existe pins. Ne nous préocr,upons pas outre mesure des froissements que J'a,•enir réserve à des sentiments -qui sont les nôtres, mais qui ne seront pas forcément ceux de nos descen- <lants; ceux-ci ne regretteront sans doute pas plus notre famille actuelle que nous ne regretterons celle qui a tant fait pourtant pour notre organisation sociale. Au-dessus de la patrie enfin est l'humanité, qui en un sens n'existe pas encore ; elle ne· sera un objet réel que le jour où les relations entre les peuples auront pris un caractère différent de celui qu'elles ont gardé jusqu'ici, où la solidarité, les coopérations régulières, l'unité de fin se ser,int €tabl!es d'un bout de l'unirers à l'autre. Jusque-là l'humanité, comme tout systématisé n'existe qu'au sens compréhensif non au sens extensif, non -comme réunion d'hommes, mais comme réunion des caractères proprement humains, aYecla signification que Molière donnait au mot dans une scène fameuse de don Juan. Le culte de l'humanité dans un sens ou dans l'autre, comme recherche religieuse de l'idéal entrern: l'union universelle des hommes, comme respect et développement de ce qui, dans l'homme, constitue l'homme même, comme expression de la subordination désirable ou réelle de l'homme à un grand ensemble de conditions sociales ou à un idéal moral n'est pas peut-être aussi dépourvu de sens qu'on l'a dit et redit, mais il a le tort d'adapter des formes vieillies d'action et de pensées à des idées nouvelles, de « mettre le vin nouveau dans de vieux \'aisseaux». « De plus il serait incomplet. La religion, comme l'a dit Guyau, doit €Ire non seulement humaine, mais cosmique. L'homme désire ou veut se sentir relié aux lois gc'mérales de coordination du monde, c'est-à-dire qu'il poursuit en théorie comme en pratique la synthèse la plus large possible <les phénomènes, le maximum de finalité. Autrefois il se faisait v,)lontiers le centre de l'unirers, il en était après Dieu, et par Dieu le principe et le but. Il est aujourd'hui moins exigeant et se contenterai~ <lecollaborer à une œuvre divine d'harmonie cosmique. On a pu croire autrefois que cette harmonie universelle existait, que l'homme était un de ses facteurs plus ou moins importants. Il faut en rabattre. Le positivisme religieux, le panthéisme, le déisme ont mis trop d'ordre dans l'univers thr.orique qu'ils ont construit, mème l'évolutionnisme qui considère l'univers dans son ensemble comme étant un tout organique et celui qui pense que « Dieu se fait>> et qui recule dans le futur l'harmonie que le présent nous refuse. « Une nou\'elle méthode de résoudre les problèmes peut fortifier nos espérances, c'est la méthode sociale. Bien des questions qui nous tourmentent disparaitront, elles seront résolues ou bien elles perdront toute signi-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==