La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

L.\ REVUE SOCIALISTE qu'il n'a pas de cœur dans la haute acception de ce mot, celui qui peut gagner de l'argent avec l'aide du travail des autres sans avoir la pensée de faire participer ses collaborateurs à une portion de ses bénéfices. Avoir du cœur, c'est non seulement ne pas faire souffrir, mais c'est ne pouvoir connaitre une souffrance sans vouloir la soulager, c'est non seulement payer son dû, mais c'est ne pas pouvoir jouir d'un succès ou d'une fortune sans vouloir y faire participer tous ceux qui ont aidé à l'obtenir - avoir du cœur c'est mettre toute sa force et tout son orgueil à procurer aux autres une part de bonheur. Vous êtes le grand apôtre de l'idée communiste en France. - je ne suis pas certain que sa réalisation ramène l'âge d'or sur la terre - je crois que l'égalité qu'on aurait réussi à établir pour quelque temps serait vite détruite par ceux mêmes que l'on aurait voulu faire bénéficier du nouveau système. L'homme est désespérément mâlin et si, le père, au déclin de sa vie consentira peut-être à jouir des nouvelles lois que vous aurez établies à son pr.:>fit,l'égoïsme, l'envie et toutes les mauvaises passions des fils auront bientôt fait de les détruire - on ne régénèrera pas le monde par des institutions - il faudrait d'abord changer les cœurs et l'on ne prendra pas ceux-ci par l'intérêt. Je prêche pour la participation aux bénéfices parce que c'est une mesure généreuse et juste, dictée par le, meilleurs sentiments qui peuvent sortir du cœur de l'homme. Je ne crois pas encore au communisme parce que j'ai peur qu'il ne tende à détruire l'initiative individuelle et à stériliser les bonnes volontés. Je crois que cette grande bataille de l'humanité pour la vie et ce désir de possession sous toutes ses formes, sont choses saines et bonnes -- je ne crois pas à l'âge d'or sur notre planète - les loups y mangeront toujours les brebis, mais je crois que ron doit améliorer les lois en ce sens qu'elles ont été faites jusqu'à ce jour pour les forts contre les faibles et que l'on doit maintenant penser à les faire pour les faibles contre les forts ; ce sera, j'espère, le travail définitif et la gloire du vingtième siècle. Un Quatrième État s'avance, puissant par le nombre et bientôt par le savoir, et il vaut mieux s'associer à lui pour réviser les lois que de le pousser à faire des barricades. J'appelle de tous mes vœux la loi des huit heures, comme une loi de délivrance pour des millions de travailleurs, je crois aussi que l'on p:>Urrait faire une obligation de la participation aux bénéfices. La fameuse loi de juillet 1867 sur le,; sociétés annonymes oblige les administrateurs à prélever une part des bénéfices annuels pour consti- ·tuel' une réserve légale, dans quel but? pour sauvegarder les intérêts des actionnaires c'est-à-dire du capital ; la loi ne peut-elle pas s'occuper des intérêts de la main-d ·œuvre? ceux-ci ne sont-ils pas au~si pr~ciet•x q· e

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