CORRESPONDANCE 355 ceux-là? pourquoi la loi n'obligerait-elle pas toutes les sociétés anony_. mes à mettre au~si de côté chaque année un tant pour cent des bénéfices annuels pour être répartis entre les ouvriers,commis et employés, .comme leur part légitime du gain à l'obtention duquel leur travail a coopéré? beaucoup d'industriels et de commerçants le font déjà - <les directeurs de sociétés annonymès l'ont établi et s'en louent- mais pourquoi la lùi•ne l'imposerait-elle pas ? Quel baume sur le cœur de ces millions d'employés! Telle société anonyme' qui accuse des millions de bénéfices en .aurait donné une petite part à son personnel, les actionnaires auraient encaissé quelques francs de moins - mais n'auraient-ils pas été payés amplement par le sentiment d'avoir fait tant d'heureux? Il est certain qu'une loi accordant une participation de bénéfices à tout le personnel employé dans les sociétés anonymes françaises aurait un effet énorme sur cette masse de salariés ... j'allais dire d'électeurs! C'est par centaines de mille que l'on peut chiffrer les•employés à un titre quelconque, commis ou ouvriers des compagnies de chemins de fer, de transports sur terre ou sur eau, des banques, des grandes industries, des sociétés de mines et de construction, des forges, des filatures, sucreries etc. , etc. Je ne crois pas que la participation aux bénéfices soit la solution de la question sociale, mais enfin une telle loi ferait du bien, non pas seulement parce qu'elle apporterait quelqu'adoucissement matériel .au sort du salarié, mais surtout parce qu'elle serait une loi de justice et de fraternité qui aurait un effet moral plus grand qu'on ne le pense. Cette participation pourrait servir à constituer une réserve à l'employé ou lui serait payée à titre de prime - peu importe le mode de répartition - c'est le principe.qui est important. Une grande société industrielle de Suisse répartit le 20 ¾ à son personnel de commis et d'ouvriers, elle leur en paie la moitié en espèces et capitalise l'autre moitié au profit du titulaire qui devient ainsi intéressé à double titre dans l'industrie où il travaille. En attendant les grandes révolutions dans. les institutions,ne seraiC il pas d'un grand intérêt pratique de faire voter par le parlement à la rentrée ce que j'appellerai la participation obligatoire aux bénéfices <lans les sociétés anonymes ou autres ? Ne méprisons pas les améliorations partielles en attendant les .grandes réformes; la journée de huit heures, la participation aux béné_ ficcs, les caisses de secours et de retraite, la coopération - voilà les premières pierres sur lesquelles un nouvel état social pourrait s'élever pacifiquement. \'otre très dévoué, G. DE M.' • Paris, le 20 août 1892.
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