La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

312 LA REVUE SOCIALISTE « A,·t. 9. - A Paris, les listes préparatoires sont dressées pour << chaque quartier par une commission composée du juge de paix «... de l'arrondissement ou du suppléant du juge de paix, prési- « dent, du maire de l'arrondissement ou d'un adjoint, du con- « seiller municipal du quartier et, en outre, de quatre personnes cc désignées par ces trois premiers membres parmi les jurés qui « ont été portés l'année précédente sur la liste de l'arrondissecc ment et qui ont leur domicile dans le quartier. » On comprend facilement ce qui doit se passer. Le conseiller municipal, qui est en minorité dès avant l'adjonction des quatre anciens jurés, se trouve ensuite seul contre six. Il se désintéresse fatalement des opérations préparatoires, bien qu'elles aient une très grande importance. puisque de la première liste dépend la seconde, plus réduite, et la composition finale du jury. Ce sont les fonctionnaires qui, à Paris et dans les grandes villes, désignent seuls les noms cle la liste préparatoire. Il est évident que de cette manière tous les ouvriers sont cxclns, en bloc, ou, si quelques-uns sont portés par hasard, les commissions de second degré en font leur affaire. Les ouvTiers n'ont pas le droit d'êtr@jurés, aurait dit M. Dufaure. - D'accord, mais les autres citoyens pas davantage; la loi ne fait aucune distinction. Les ouvriers ont la capacité, puisque tout le monde aujourd'hui sait lire et écrire. Alors que leur manque-t-il donc? Sans doute la moralité, une moralité telle que peut la concevoir l'esprit. des juges et des fonctionnaires. En droit, les commisRions peuvent choisir parmi tous les citoyens de :30ans; en fait. elles ne peuvent cho'i.sir que dans une catégorie très restreinte, car elles n'ont pas, en vertu de leur composit.ion, la liberté morale nécessaire pour aller au-delà. La loi est donc violée, ou l'interprét-ation qui en est faite équivaut à sa violation. Au second degré, afin d'éliminer plus sûrement les noms suspects qui se seraient glissés sur les listes préparatoires, on donne partout la majorité aux agents du pouvoir dans les commissions chargées de dresser la liste annuelle. Elles comprennent, dans les départements, le président ùu tribunal d'arrondissement, les juges de paix et les conseillers généraux: à Paris, d'un juge du tribunal, du juge de paix et des suppléants, du maire de l'arrondissement et des quatre conseillers municipaux. L'élément judiciaire étant toujours en majorité, c'est comme s'il était seul représenté; il a pour mission principale d'interdire l'accès des listes du jury aux personnes imbues de sentiments démocratiques, et tout conseiller général qui ferait une tentative dans ce sens, prendrait une peine superflue. • Enfin, comme dernière précaution, les commissions ont le

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