La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

CABET ET LES ICARIENS 301 mois, était soigneusement rédigée. Destinée surtout à faire de ln. propagande. ·en France elle avait cessé d'exister à cause de sa prohibition par le gouvernement arbitraire de Napoléon II[,qui, sans motif valable, lui avait interdit l'entrée du territoire de rempir0. Prohibition fàcheuse et sotte, car nulle part n'était mieux exposé un système d'association dont l'expérience ne peut être que profitable à l'humanité. soit qu'on l'approuve, soit qu'on la condamne. Pendant ma visite à l'imprimerie, j'y trouvai un vieil Ic11rienoccupé à relier des livres. - Vous étiez relieur de votre état, citoyen 1 lui demandais-je. - Non, citoyen, j'étais seulement imprimeur, mais ici je cumule.- Comment réussissez-,·ous dans votre nouvel art'? - Pas mal, me répondit en souriant, l'i11tcrlo;uteur an visage honnête. On peut toujow·s ce qu·on ve,,t. - La maxime, je me rappelais l'avoir lue sur les murs du rétectoire et le hasard m'en fournissait l'heureuse application. Une horlogerie coofe0tionne les horloges publiques de la Communauté. Mais nous trouvant hors de leur portée,je demandai à mon aimable cicerone, M. Vogel, le secrétaire de la gérance: Quelle heure avez-vous? - Je n'ai pas de montre, citoyen, répondit-il, et personne n'en a, pas même le citoyen Cabet. - Pourquoi cela? - Vous avez donc oublié notre principe fondamental : Pour tous ou pour personne. Or, nous ne sommes pas encore assez riches pour avoir chacun une montre. Cela viendra avec un peu de patience. - Que deviennent les montres apportées dans la Communauté? - L'étudiant de Berlin me cita de mémoire les articles 12 et 13 de.~conditions d'admission. Je les copie dans la brochure imprimée sous ce titre (Nauvoo 1854). Article 12. « Apporter ou céder à la Communauté tous ses biens quelconques: son argent, ses meubles, ses immeubles, ses créances, etc., même son trousseau, ses bijoux, ses outils. ses armes, ses livres: en un mot. tous ses biens présents et à venir, même les donations et les successions futures parce que dans la Communauté personne ne peut être plus riche qu'un autre, ni avoir de propriété personnelle, parce que personne ne peut être mieux traité que ses frères. » Article 13. « Ne rien cacher ni retenir. Celui qui cacherait ou retiendrait une partie de sa fortune serait plus riche que les autres. Il serait•moins dé.voué, moins constant, moins fidèle, plus disposé à quitter pour un rien et plus capable d'en entraîner

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