302 LA REVUE SOCIALISTE d'autres avec lui. Déclarer qu'on apporte tout quand on conserve quelque chose ce serait mentir, tromper, violer les principes, n'ètrc pas Icarien, commettre même une espèce de Yol. » Voilà le c0mmunisme dans toute sa rigidité dure et implacable! Un moine enterré dans un couvent. une religieuse enfouie vivante dans un monastère, n'ont jamais été astreints à une rf'nonciation plus absolue de toute espèce de propriété individu ..l.le que l'Icarien ou l'icarienne. Mais un si grand sacrifice se comprend mienx en échange de la béatitude céleste qu'en vue d'un bien ètre terrestre, inférieur parfois à celui qu'on perd et toujours acquis par un travail incessant. Aussi l'injonction si sévère de déposer tout son avoir sur l'autel de la fraternité n'est pas strictement observée en Icarie, comme le prouvent les plaiu tes du législateur contre les femmes dont plusieurs conservent leurs bijoux, et ne pouvant les étaler en public, se donnent la jouissance furtive de les contempler de temps en temps quand elles se croient seules. Mais la gérance est U. qui les surveille comme un Dieu jaloux. La bibliothèque eonfiée à la garde d'un vieillard se compose de plus de quatre mille volumr.s rangés en très bon ordre. Elle provient uniquement des livres dont chaque récipendiaire s'est dépouillé au profit de tous. Formée ainsi elle offre un mélange semblable à l'étalage d'un bouquiniste. Ce n'en est pas moins un remède contre l'ennui, ce cruel moustique qui n'épargne pas moins les sociétés fraternelles que les individus isolés du monde profane. Les ouvrages sont prètés aux ateliers pour les lectures publiques et à qui veut en emporter chez soi. Pendant ma visite à ce sanctuaire naissant des connaissances néces aires, utilP.s et agréables, une très jolie icarienne vint demander: M/'lrtin ou le V(l/et de cham,bre par Eugène Sue. Nous n'avons pas ce roman, chère citoyenne, dit avec regret le bon bibliothécaire. - Eh bien l citoy1:m,donnez-moi ce que vous voudrez; mais quelque chose de gentil. Mes regards étaient justement fixés sur la collection complète des œuvres de Chateaubriand et j'offris Atala à ma chère citoyenne. - Est-ce au moins amusant? - C'est une histoire d'amour. - En ce cas j'emporte le volume, reprit-elle vivement avec un gracieux sourire df's yeux et ùes lèvres, qui prouvait combien ce mot d'amour chatouillait agréablement sa pensée. En voilà une - me dis-je en contemplant cette femme aux formes luxuriantes comme celles de Mme Roland (d'après son portrait d'elle-même dans ses mémoires), - en voilà une que la nature a faite pour la voluptueuse papillonne de Fourier et non pour la nuptiale uniformité de Cabet 1
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