CABET ET LES ICARIENS 299 magistrat Américain, sans autre prètre, ou pontife que Cabet lui-mème, • qui en assume les fonctions, en adressant chaque fois aux conjoints une allocution édifiante. Parfois le réfectoire se transforme en salle de bal ou de spectacle. Le théàtre est pourvu des décorations nécessaires et d'une grande variété de costumes. On y joue prPsque e~clusivement les tragédies de Voltaire et les vaudevilles de Scribe: littérature dramatique que le brave Cabet met au-dessus de Shakspeare et de Molière, car il trouve l'un trop passionné et l'autre trop indécent. Les acteurs improvisés s'acquittent parfaitement de leur tàche. Celà ne m'étonne pas, tout Français est comédien de naissance, de mème, qu'il vient au monde coiffeur ou cui- -sinier. La cuisine attenante au réfectoire dessert à elle seule toute la communauté et subvient aux besoins de quatre cent cinquantesix Icariens et Icariennes avec une grande économie de travail. Cinq hommes et huit femmes, les uns et les autres choisis au sort en composent le personnel. J'assistai à la préparation d'un dîner où je retrouvai le maître d'école transformé en excellent chef; ce qui me fit regretter pour la colonie son départ et me demander si un emportrment illégal, mais excusable, vis-à-vis d'un jeune polisson devait ne pas lui être pardonné. - Comment, lui dis-je, hier je vous trouve enseignant l'histoire et aujourd'hui au milieu des casseroles. - C'est dimanche, me répondit-il, et je me délasse de mon rôle de pédagogue du reste de la semaine, avec d'autant plus de plaisir qu'on aùmire beaucoup mon talent culinaire et je me rends ainsi agréable à tout le monde. La vaisselle n'avait pas obtenu encore toutes les améliorations nécessaires. Les assiettes en grosse faïence étaient très conveuables mais les cuillères, les fourchettes et les couteaux, en fer battu, n'avaient aucun éclat métallique. Les tables soigneusement lavées et frottées étaient dépourvues de nappes et de serviettes. A ce sujet la Revue fcflrienne, janvier 1855 s'exp1·imait ainsi en parlant des préparatifs pour le 3 février, la fète de l'exode: « Nous aurions voulu des nappes pour toutes les tables; et comme notre principe est pour tous ou pou1· personne, nous nous privons sans beaucoup de_ regret. J'ajouterai bien vite cependant que chacun possédait son verre et pouvait dire comme le poète: Mon verre n'est pas grand, mais je bois dans mon verl'e. Le Voyage en Icarie nous montre chaque famille vivant séparée dans une maison à quatre étages pourvue d'un bain,
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