La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

294 LA REVUE SOCIALISTE sur la plus-value capitaliste, prenons celle de l'économie vulgaire que représente J.-B. Say d'une manière à faire envie aux LeroyBeaulieu et aux Block de nos jours. Les penseurs de cette économie ont courageusement tracassé leur pauvre cervelle pour légitimer la confiscation de la plusvalue par le capitaliste. Leurs efforts ont été couronné par cette importante découverte: que le capitaliste est un homme vertueux, qui par son abstinence concourt à la production; et c'est parce qu'il s'abstient vertueusement de tout travail qu'il a droit à la plus grosse part des fruits du travail. Say, lui-même! a compris le peu de valeur de ce raisonnement; aussi, de par l'autorité de son génie, il a fait du capitaliste un producteur. Et sait-on pourquoi il appelle le capitaliste et le propriétaire foncier des producteurs ? - « Parce que s'ils ne produisent pas par eux-mêmes, ils concourent à la production par le moyen de leur instrument. Ils ne sont pas producteurs, quand ils laissent leur instrument oisif. )) Ces remarquables paroles se trouvent dans son Epüome, au mot Producteu1·. Quand un penseur a fait une telle découverte, il a droit au repos, il a rempli sa tâche: aussi, on se demande pourquoi Say a continué à bavarder sur l'économie politique à tort et à travers, pour finir par tomber d'accord avec Ricardo et Smith sur l'origine des profits capitalistes. Suivons-le dans les accidents de sa chute. Say définit l'ouvrier « celui qui loue sa capacité industrielle, ou qui vend son travail et qui par conséquent renonce à ses profits industriels pour un salaire. )) (Epitome au mot ouvrier). Ainsi, parce que le capitaliste a acheté à l'ouvrier son travail, il accapare les profits de ce travail, c'est-à-dire, ce qu'il produit au-delà de sa propre valeur. Say va nous le dire. « Les économistes du XVIIIe siècle, dit-il, prétendaient que le travail ne produit aucune Yaleur sans consommer une valeur équivalente: que, par conséquent, il ne laisse aucun excédent, aucun p1'0duit nr>t et que la terre seule, fournissant gratuitement une valeur, peut seule donner un produit net ... Or, les faits démontrent que les valeurs produites sont dues à l'action de l'industrie de l'homme, des capitaux et des agents naturels et que nulle autre que ces trois sources ne produisent une valeur, une richesse nouvelle.» (T1·ctité d'écon. pol. Liv. I, ch. IV). Examinons, d'après Say lui-même. la part que chacune de ces trois sources de valeurs contribuent dans la création du produit net ou de la plus-value. 1° Agents naturels : « On objectera que les agents naturels non appropriés, comme la pression de l'atmosphère dans les machines à vapeur, ne sont pas productifs de valeur. Leur concours

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