LA RÉVOLUTION DE DEMAIN 283 Ainsi, on le voit, la crise économique dont souffre le prolétariat industri~l n'est pas spéciale à celui-ci. Elle est générale; elle embrasse toutes les classes sociales : commerçants, artisans, paysans, ouvriers, tous les producteurs et tous les intermédiaires. Elle sévit avec une intensité égale, sinon supérieure, sur l'industrie agricole comme sur l'industrie urbaine. Est-ce que, d'ailleurs, toutes les catégories de la production ne se tiennent pas dans un pays? Ne sont-elles pas solidaires les unes des autres, et les phénomènes économiques qui affectent celles-là n'ont-ils pa,s leur répercussion sur celles-ci ? Dépeuplement des campagnes; dépérissement continu de l'industrie agricole ; abandon progressif du sol cultivable ; - comment concilier ces trois phénomènes visibles avec la prétendue prospérité, la prétendue extension de la propriété rurale aux mains de paysans ? Quoi ! la propriété rurale est en progrès, et le paysan la délaisse? Etrange conséquence! Quoi ! la propriété rurale, depuis la Révolution, n'a cessé, selon les économistes bien pensants, de se répandre et de s'accumuler au profit du villain? Et les quatre cinquièmes environ de la propriété terrienne, du sol cultivable, appartiennent à des propriétaires qui n'exploitent pas eux-mêmes (1). La vérité est que la terre fuit de plus en plus, et pour ainsi dira coule entre les doigts du cultivateur; que, de plus en plus, le paysan (j'entends le paysan qui travaille) est exproprié de la terre; et que, dans un avenir qui n'est peut-être pas éloigné, tout le sol cultivable sera en la possession d'une poignée de riches usuriera, banquiers, capitalistes oisifs ou spéculateurs. (2). (l)· D'après M. Tisserand (enquête décennale ile 1382), cité au Sénat par M. Challemel-Lacour, « si le paysan proprièLaire est très nombreux en France, il n'y possède qu'une faible, une très faible partie du sol. Quatre millions huit cent mille exploitations, représentant la très petite et la petite culture, celle où l'on ne fait presque pas de blë, si ce n'est pour le consommer, celle ou on n'élève pas de bétail, si ce n'est un porc ou quelque vache laitière, comprenant en tout 12,450,000 hectares, moins du quart <le la surface exploitée ; sept cent quarante-sept mille propriétaires, repl'ésentant. la moyenne culture, y possède 14,845,000 hectares ; enfin, cent qu11.raute-deux mille p1·opriétaires, représentant la grande culture, la seule où l'on fait sur uqe.;vaste échelle Je blé,· le ,·in et. le bétail, celle à qui profite le plus largem~nt la protection, y possèdent 22,260,000 hectares. (2). « Le déclin de la. petite propriété est visible - ilit B. Malon dans son bel et solide ouvrage : Le Socialisme Inté,qral. - L'accroissement même des cotes foncières, que tl'aucuns représentent comme un progrès, en est Uf\epreuve. D'après les statistiques officièlles de M. Gimel, la moyenne de ·1a. petite prop1·iété, qui était en 1816 de 70 ares, n'est plus aujourd'hui que de 38 ares. La trés petite propriété, cotée au-dessous de. cinq francs, a pu augmenter en
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