La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

282 LA REVUE SOCIALISTE 1,624,284 habitants en vingt années! Et cette diminution énorme semble s'accélérer de plus en plus. M. Guiraud a établi, dans une étude démographique sur la région sud-ouest de la France, que la population rurale, qui avait perdu cinq pour mille par an, dans la période de 1861 à 1872, s'est affaiblie de 9.7, c'est-à-dire du double, dans la période qui s'étend de 1872 à 1886 (1). c< Si l'on compare les variations de la population urbaine avec celle de la population rurale, le mal apparaît plus grand encore. Pendant que les unes accusent une diminution, les autres marquent une augmentation, et l'on constate que le rapport entre les deux populations tend à devenir inverse. Dans la seule période de 1881 à 1886, en cinq ans, tandis que la population rurale perdait 123,000 habitants, la population urbaine en gagnait 670,000. Le nombre des habitants des villes de plus de 10,000 âmes s'est accru depuis 1861, de 39 %. Il était alors de 6 millions et représentait les 18 centièmes de la population de la France ; il atteignait en 1886, !) millions, et en constituait les 23 centièmes (2). Ces chiffres sont à méditer. Si le mouvement n'est pas enrayé, de ces variations, qui sont constantes, on peut induire que, vers 1920, c'est-à-dire dans une trentaine d'années, les habitants des villes seront plus nombreux que ceux des campagnes. Ce fait est gros des plus graves conséquences; il prépare une révolution économique dont on ne saurait calculer toute la portée, et il nous menace d'une crise intense dont le malaise actuel n'est qu'un léger prodrôme. cc Donc, la campagne se dépeuple. Par contre, les chercheurs d'emplois abondent dans les villes; les ouvriers s'y disputent le travail; les carrières dites libérales, le commerce, l'industrie, les professions urbaines de toutes sortes sont encombrées. C'est par milliers que s'entassent les demandes dans les bureaux des administrations grandes et petites. La cherté de la vie va croissant, et le malaise des citadins devient chaque jour plus pénible à supporter.» Le tableau est complet. Celui qui l'a tracé n'est pas un socialiste ; c'est un modéré, un bourgeois qui, sans aucun doute, répudierait énergiquement toute sympathie envers les doctrines collectivistes. Il ne saurait donc être taxé d'exagération, et le mal qu'il décrit est, sous sa plume, plutôt atténué que grossi. (l) Le dernier recensement constate que, dans la période de 1886 à 1891, la population rurale a encore diminué de plus de 200,000 habitants. Alors que dans la précédente période (1881 à 1886) il n'y avait que 29 dépa1·tements daus lesquels la population se fùt abaissée, d'après la dernière statistique, il y en a actuellement 55. (2) En 1891, la population des villes de plus de plus de 30,000 âmes s'est accrue de 340,396 habitants, chiffre supérieur (de 216,lï7 habitants) à l'accroissement total de la population française depuis le rensement de !886.

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