La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

281 LA REVUE SOCIALISTE Plus nous allons, en effet, et moins le petit propriétaire foncier peut lutter contre la spéculation des grands agioteurs capitatalistes, faisant à leur gré la hausse ou la baisse sur les céréales, à leur gré provoquant la surabondance des produits, ou la disette. Contre cette puissance formidable du capitalisme qui écrase le marché national sous la concurrence des marchés exotiques, le petit paysan propriétaire, malgré des prodiges d'ordre, d'économie et de travail, se voit irrésistiblement vaincu. Ainsi que je l'ai déjà écrit ici même, dans une pr,;céclente étude (1) : « AssurJment, des lois empiriques peuvent ajourner son éYiction définitive. Les syndicats de communes, par exemple, permettront peut-être à l'agriculture française d'employer les machines, les instruments nécessaires pour tirer de la terre, à moins de frais, plus de produits. L'organisation du crédit aidera peut-ètre le nombre: elle s'est réduite en étendue, et c'est là le fait capital. Les cotes les plus élevées ont diminué; elles se sont donc concentrées >>. - t<Aujourd'hui, le nombre total ùes propriétaires a cessé de progresser, et semble même en voie <le décroissance n. (De Foville : Du Morcellement du sol en France). - tl La grandti propriété qui, pendant un instant, alors que le~ terres ne produisaient que 1/2 à 2 0/0 et que la rente produisait au-dessus de 5 0/0, s'était défaite d'une partie de ~es terres po•Jr acheter des rentes, aujourd'hui que les terres produisent et se vendent à vil prix (tandis que le taux de la rente tend à baisser même au-dessous de 3 0/0) en rachete et prend chaque jour un nouveau et grand développement. a. Si -:ela continue, ce sera avant peu la propriété foncière dans les mains de quelques-uns. <<L'honorable M. Challemel-Lacour le disait demicrement à cette tribune; combien y a-t-il <legrands propriétaires 1 140.000, et ces 140.000 propriétaires - je parle en géoéral- ne font plus depuis longtemps travailler. Que font-ils? lis cumulent; ils s'agrandissent. Les petits propriétaires perdent dans les mêmes proportions; de sorte que la moyenne propriété dévorera fatalement la pefüe et que la petite disparaîtra. <<Quant au travail, il sera de plus en plus misérable >l. (Discours de l\I. Girault au Sénat: 29 Decembre 1891). - n Il y a en France 10 à 12 millions de personnes en,·iron, soit plus du l/-3 de la population, qui ont quelque propriété foncière; mais cela ne ,•eut pas dire quïl y ait 10 à 12 millions <le personnes qui viYent de leur propriété, même en la travaillant eux-mêmes. La grande partie de ces 10 à 12 millions sont des ouniers ou ùes travailleurs à gages ; leur propriété ne leur fournit qu'un très mince appoint de revenu . . • • . . <<li n'est pas impossible qu'il se constitue à la longue dans notre pays uu certain nombre de propri.îtés agricoles géantes, appartenant à des sociétcs anonymes. La baisse de J'intérèt des capitaux pourra porter vers l'agriculture les financiers ; la baisse de la rente de 111terre contribuerait aussi à cc résultat ». (P. Leroy-Beaulieu: Essai sur la répartition des ,·ichesses), (1). Op. cit.; De la Dépppulation de la France (Revue Socialiste, janvier et février 1892).

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