La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LA RÉVOLUTION DE DEMAIN 281 les enfants les plus intelligents, les plus actifs la quittent. L'agri: culteur aisé, celui qui a les ressources nécessaires pour bien cultiver, a peine queiquefois à rencontrer une jeune fille de sa condition qui veuille l'épouser. cc L'argent est rare au village. L'industrie n'y a plus le même écoulement de ses produits, au moment où elle tend à perdre sa clientèle étrangère. Le petit commerce intermédiaire y végète dans un état proche de la ruine, et la campagne se dépeuple. En maintes régions, les fermes ne trouvent plus de locataires, les terres en vente n'ont souvent pas d'acquéreurs; le paysan cesse d'acheter, lui qui, jadis, couvrait d'or le moindre lopin pour carrer son champ. Le fameux bas de laine est vide, ou plutôt il a été emporté à la ville. L'absence de concurrence amène des baisses soudaines et ruineuses, ou encore, malgré les sacrifices consentis, le coût reste en disproportion avec le revenu. Les terres labourables se transforment en bois et en prairie : la friche s'étend. cc La statistique est effrayante. Sur nos 50 millions d'hectares de terre cultivable, 4 millions et demi sont absolument sans culture; ce sont des landes, des bruyères, des pâtis, des terrains marécageux. Plus de 3 millions et demi sont en jachère. Quatre millions sont couverts de prés naturels non irrigués, herbages, plaines, côteaux, alpes, livrés à la vaine pâture ou aux dévastations de toute sorte. Plus de la moitié de nos bois et de nos forêts, près de 5 millions d'hectares, sont privés de chemins, inexploités et abandonnés au hasard de la nature. Cela fait un total de plus de 17 millioni;; d'hectares qui restent incultes, plus du tiers de notre sol cultivable (1). cc En 1861, la population agricole était de 19,873,493 habitants; en 1881, elle n'est plus que de 18,249,209. Elle a diminué de (1) Les chiffres de M. Rey sont plutôt au-dessous qu'au-dessus de la Yél'ité, si l'on en r.roit le tableau suivant, dressé par M. Tou beau, dans son liv1·e : La répartition métrique des impôts. Pour les 52.857,199 hectares contenus dans le territoire français, i\1, Toubeau indique la distribution ci-après : • l· Petit faire-valoir direct, inférieur à 6 hectares. 4,000,000 hectares. 2· Grand faire-valoir direct..... . . . . . . . . . . . . . . . . . 15,3!'0,0ll9 » 3· Terres occupées par des fermiers.............. 8,953,118 » -:1,Terres occupées par des métayers . . . . . . . . . . . . . 4,539 323 » 5· Territoire non cultivé (fo1•êts, landes et prés in.;ultes) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4,539,322 >> A l'Etat et aux ·communes... 6,020,716 h.ictares A la grande propriété privée. 12,153,099 » Au territoire non défini . . . . . 1,810,855 » Territoire non cultivé ............... ,........... 19,981,6";0 n

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==