La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

280 LA REVUE SOCIALISTE Ainsi, d'une part, pour le paysan, la question sociale serait résolue, puisque la propriété du fond et des instruments de son travail est dans ses mains; et d'autre part, pour l'ouvrier, la question sociale est pendante, puisqu'il ne possède et ne peut posséder ni la matière, ni le fond, ni les instruments de sa profession. Et dès lors, nous nous heurterions à cette grosse difficulté, d'ordre à la fois politique et économique : à savoir que le prolétariat industriel, ayant en même temps pour antagonistes labourgeoisie capitaliste et le paysannat, verrait son émancipation à jamais arrêtée par la classe gouvernante, ayant derrière elle les masses rurales. Mais est-il vrai que la propriété rurale se consolide aux mains dn, paysan ? Est-il vrai que, par une contradiction étrange, la grande révolution économique que nous voyons en train de transformer notre régime industriel et commercial, s'arrête aux frontières du régime agricole, où le système de possession et de travail indiYidualistes se développe et s'affermit? S'il en est ainsi, que signifient clone les lamentations, de jour en jour plus aiguës, de tous les économistes classiques sur la décadence et le dépérissement croissants de l'industrie agricole? Que signifient les plaintes, d'ailleurs justifiées, sur la dépopulation continue de nos campagnes, sur l'avilissement du prix de la propriété, sur la difficulté de plus en plus grande pour le propriétaire paysan de vivre du produit de sa terre? Et qu'est-ce donc qne ces lois de protection, qui vont frapper d'un milliard d'impôts nouveaux ou de surtaxes les commerçants et, derrière eux, les consommateurs, sinon des remèdes énergiques administrés à un malade en danger de mort ? De toutes parts, dans les livres d'économie, aux tribunes officielles, dans les discours du gouvernement, dans les innombrables projets imaginés pour relever l'industrie agricole, la même phrase se retrouve, la même constatation est produite : - « L'agriculture e:-;ten péril ! >> Ecoutez un écrivain quasi officieux, un député de la majorité ministérielle, 1\1. Aristide Rey, dans un rapport sur l'enseigne- ~ent agricole (nnméro 828, 11 jiàllet 1890). « L'agriculteur se déclasse. La culture est de plus en plus difficile. Les capitaux s'éloignent d'elle. Les bras font défaut; les grands propriétaires n'en obtiennent plus à louage. Les petits propriétaires eux-mêmes en manquent; leur famille se limite (1) et qui en sont les docteurs, que toute la théorie économique du régime moderne est bâti ! (l) V. mon étude sur la Dépopulation de la France, (Rel)ue Socialist11, janvier et février 1892).

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