La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

• 278 LA REVUE SOCIALISTE ne sont pas dans la condition servile du salarié, puisque, en réalité, en tant que fermiers ils exploitent pour leur propre compte, et en tant que métayers ils sont associés au maître du fond. Ajoutons que le paysan exproprié de toute possession foncière et réduit à vivre uniquement de salaires, ne reste guère au pays, et va grossir le prolétariat des villes (1). L'ouvrier, lui, au contraira, ne possède et ne ~peut possé.<ler, dans 1'01·ganisation économique actuelle, ni le fond, ni les instruments de <leson travail. Tandis, en effet, que l'industrie rurale est encore à l'état d'exploitation individualiste ou familiale, l'industrie proprement dite (usines, mines, chantiers, ateliers, etc.) est passée à l'état cl 'exploitation collective. Il n'est pas possible qu'un ouvrier seul, ou une famille d'ouvrier, puisse exploiter une parcelle quelconque de mine, d'usine, de chantier ou d'atelier mécaniques. Il faut, pour chaque unité d'exploitation industrielle, le concours d'un plus ou moins grand nombre d'ouvriers. Pareillement, un ouvrier seul ne peut acquérir les instruments de son travail; car l'achat, l'installation et la mise en train des machines qui y servent exigent, de plus en plus, des capitaux considérables. C'est ainsi que, sous le régime industriel moderne, les ouVTiers, incapables de posséder individuellement ni. le fond ni les instruments de leur profession, sont irrévocablement condamnés à la servitude du salariat. Mais il y a plus: tandis que le paysan, maître de son exploitation, peut espérer gagner au-delà de ce qui est strictement nécessoire à sa subsistance quotidienne, l'ouvrier, réduit, par l'infinie division des travaux dans une même exploitation, au rôle infime et quasi animal de manœuvre, n'est plus, au regard de l'exploitant capitaliste, qu'une force subalterne, à laquelle les progrès de la science tendent, du reste, à substituer de plus en plus les forces mécaniques (2). En sorte que plus la production mécanique augmente, et moins le concours de l'ouvrier est nécessaire, et plus s'accroît ce personnel de bras inoccupés, qu'on a appelé l'armée de réserve du travail. (l) De la, statistique de 1891, il résulte CJUeplus de 200,000 paysans ont, dans l'espace dt! cinq ans, abanrlonnè la campagne et sont venus grossir le prolétariat urbain. (2) M. de Foville a supputè qu'il y a en France 40,000 appareils à vapeur ayant une force totale de 1,500,000 chevaux, et formant l'équivalent de 60 millions de bras, soit 30 millions d'ouvriers.

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