2ï6 LA. REVUE SOCIALISTE le pouvoir politique, et les terres des nobles et du clergé (1). Au profit de ceux-ci, elle débarrassa la terre des servitudes et des privilèges qui en rendaient la possession ou précaire ou difficile. Sans doute, la Révolution de 89 n'a pas conféré - comme on l'a cru communément-la propriété terrienne aux paysans. Avant 89, les paysans étaient propriétaires ; ou du moins, la portion du sol par eux possédée et exploitée était aussi grande - sinon ùaYantage - qu'elle ne l'est aujourd'hui. (2). Mais cette portion du sol, rien, au fond, ne l'assurait d'une façon certaine, absolue, entre les mains calleuses qui la travaillaient. Le Roi n'était-il pas le maître de la vie et des biens de ses sujets, et, sous le roi, les nobles ne gardaient-ils pas, s~u·les morceaux de terre détachés de leurs domaines et occupés par le 1•illai11, des droits réels et personnels qui, en somme, soit directement, soit indirectement (par la violence ou par la fraude, ou par le::. exactions et les charges arbitraires) pouvaient équivaloir ou aboutir à la confiscation? La Révolution de 89 n'a pas donné le droit de propriété aux long et coûteux ooYiciat que ·les statuts imposaient. Annulés dans les communautés d'arts et de métiers, ils aYaicnt cherché une p,·otection particulière dans les associations secrètes. Le compagnonnage était toujours proscrit et. toujours florissant n.(E. Levasseur: Histoire des classes ouvrières en France, depuis lî89. Tome I. p. îî et suivantes.) (1). Le roi, le clergé et la noblesse possédaient la majeure partie des terres, les trois quarts environ; les roturiers un quart à peine. (E. Levasseur: 01J. cit. p. 2î). !! Les petits propriétai1·es - dit Arthur Young au commencement de l'année 1792, - lf:s petits propriétaires qui foot valoir leurs propres terres sont dans une position très aisée et très améliorée ; les fermiers y participent en proportion de ce quti leurs propriétaires n'ont pu convertir en accroissement de fermages les droits dont la terre s'est trou,·ée affranchie>>. (( Tout autre - remarque !II. Levasseur dans le livre plus haut cité - etait. la situation des villes. - !l Vous voyez les manufactures anéanties, les ateliers déserts, les ouvriers sans travail, s'écriait Blancart des Salines dilns l' Assemblée, à la v1,ille des journées d'octobre 1789. - Les ouvriers étaient renvo) ès et retombaient à la charge des municipalites. - !( Les terres confisquées et vendues (sous la Révolution) de1•iu1·cnt le lot de propriétaires bourgeois qui les achètèrent à vil prix, et se taillèrent des domaines sur les ruines des anciens possesseurs. Le peuple des campagnes n'y gagna rien, ou presque rien». (A. Naquct: Socialisme collectiviste, et Socialisme libfral). (2). - Selon !IL de Foville (Du Morcellement du sol en F'rance), avant 1789, il y avait au moins quatre millions de petits propriétaires (de un à six hectares). (( La Révolution mit aux enchères la 10• partie cle la richesse foncière du pays. Elle a créé environ 500.000 propriétaires nouveaux, parmi lesquels les petits étaient en majorité ». - C'est-à-dire qu'elle a accru <l'un 1/8 environ le nombre des petits propriétaires.
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