LA RÉVOLUTION DE DEMAIN 275 « Mais la petite propriété rurale, disséminée, éparpillée, entre les mains de plusieurs millions <lepaysans, est hors de portée de l'action p.e ce phénomène économique. Loin de se concentrer, la petite propriété rurale, sous l'influence notamment de nos lois· successorales, se divise et se subdivise à l'infini. Grâce à elle, l'ordre économique actuel est garanti ; car si, par aventure, les ùoctrines socialistes parvenaient à prévaloir; si le prolétariat ouvrier des villes s1insurgeait contres ses patrons, ceux-ci trouveraient derrière eux les masses profondes des petits propriétaires ruraux que la peur de se voir déposséder soulèverait de terre et précipiterait contre les partctgeux >>. L'objection est grave. Il la faut examiner avec soin. Il est très vrai que, dans tous les pays, la question sociale se présente sous deux aspects bien distincts : la question agraire et la question industrielle. En France, ou la question agraire n'est pour ainsi <lire pas née, et dans la plupart des pays d'Europe, la question industrielle semble contenir tout le problème social. Cependant, il ne faut pas s'y tromper. Derrière les bataillons du prolétariat industriel, il y a les masses du prolétariat agricole, qui sont loin de partager actuellement ies aspirations et les idées des socialistes de l'atelier, du chantier et de la mine. La Révolution de 1789 ne fut réellement sociale que pour la classe possédante, bourgeois et paysans (1). A ceux-là, elle donna (li. l< Dans les cahiers des Etats-Généraux préparés dans les assemblées primaires, c'était toujours l'intérêt des maîtres qui tenait la plume. Des ouvrie1·s, pas un mot, ou peu de mots. l< C'est que les assemblées préparatoires d'artisans s'étaient faites par communautés, et que dans les communautés l'ouvrier n avait pas droit de pré3ence. A Paris même, où on adopta un mode différent. on ne songea pas à eux et on se contenta de convoqutlr aux réunions de quartiers les gradués, les tituldires de lettrt>s de maîtrise. et les contribuables payant au moins 6 livres de capitation. Des pamphlétaires tirc1·ent parti de cette exclusion,et commencèrent déjà à aviver les rancunes populaires. - u Pourquoi, disait l'un d'eux, - faut-il que 150.000 individus utiles à leurs concitoyens soient repoussés de leurs bras 1 Pourquoi nous oublier, nous, pauvres artisans, sans lesquels nos frères éprouverllient des besoins que nos corps infatigables satisfont et préviennent chaque jour 1 u Et uu autre rédigeait d'office le cahier du 4me Ordre . . . . . . u Une ligne de démarcation profonde séparait les entrepreneurs des salariés. Ces derniers n'avaient pour ainsi dire pas de place dans la hiérarchie sociale. A une époque où tous les individus étaient presque tous groupés en communautés, ils ne jouissai~nt eux-mên,es des bénéfices d'aucun corps légalement reconnu. Ils restaient dans l'ombre, dépendant du corps de métier, protégés, il est vrai, contre la concurrence par les régies limitatives de l'app1·entissag-e, mais n'ayant le droit de s·établil' qu'en gravissant le difficile sentier dti la maitrise et pours~ivis avec Yigneur quand ils t_entaie~t de se dérober au
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