La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LA RÉVOLUTION DE DEMAIN 273 de transport des petits colis, travaillent au bénéfice des grandes maisons et leur rendent plus facile l'écrasement des moindres. Cette concentration du commerce de détail porte un coup aux marchands en gros et en demi-gros, aux courtiers et à tous les intermédiaires: qu'est-il besoin d'eux avec le télégraphe et de gros capitaux ? « C'est une singulière erreur de croire qu'on puisse arrêter ce mouvement de concentration. Tout conspire à le développer. 11 n'est même encore qu'au début; l'on peut affirmer qu'il ira beaucoup plus loin. « Ce que doivent souhaiter les esprits éclairés, c'est que le système des grands magasins prenne plus d'extension. C'est surtout qu'il s'applique au commerce alimentaire. Le prix du pain et le prix de la viande, qui sont élevés relativement au prix du blé et au prix du bétail, diminueraient, au grand avantage des consommateurs et aussi des producteurs, s'il s'opérait une concentration du commerce de la boulangerie et de la boucherie. Beaucorip de professions individuelles disparaissent chaque jour et passent à l'état d'entreprises collectives. « Toutes les tendances financières et économiques de ce temps nous conduisent à un état de plus en plus bureaucratique etaùministratif de la société moderne, par le développement des sociétés anonymes ». Après avoir célébré leurs avantages et aussi raconté les Jésastres qu'elles ont provoqués, M. Leroy-Beaulieu conclut: « Dans l'état actuel, les sociétés anonymes, tout en donnant un grand essor à l'esprit d'entreprise et en développant la prollnction, ont certainement servi à créer une grande inégalité de richesse. Elles ont permis aux financiers de la capitale de s'approprier une très forte partie de l'épargne du public; elles ont été, beaucoup plus que l)ndustrie et le commerce, l'origine de fortunes colossales ..... >> En résumé, M. Leroy-Beaulieu estime que « la civilisation multiplie les salariés au lieu d'en réduire le nombre. Depuis un demi-siècle, le chiffre des salariés a sans doute doublé. Sont devenus salariés tous les petits entrepreneurs auxquels la concentration industrielle (la concentration agricole ne fait que commencer) ne permet plus d'exercer isolément leur métier : les porteurs d'eau, les chiffonniers, les savetiers, sont tombés au rang des salariés. 11 en est de même de tous les petits boutiquiers, de tous les peti~s entrepreneurs de voitures publiques et autres. (1). tl). Dans une réunion provoquée par la Chambre syndicale des tailleurs d'habits, le tailleur Roussel, délégué à la Bourse du travail, a résumé ainsi ia 18

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