La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

BULLETIN 265 La camisole était si bien dans les habitude des la maison qu'on la mettait poui: simple insuffisance de tâche. cc Ce que l'on demandait surtout aux enfants, c'était du travail et encore du travail, afin de produire beaucoup. » M. Grolier, l'inspecteur général, et Mme Dupuy, l'inspectrice qui lui a été adjointe ont relevé ces faits, ajoutent qu'il se passait d'autres faits de la plus haute gravité auprès desquels les sévices n'étaient que secondaires. Quels sont ces faits? Sans doute M. Grolier et Mme Dupuy les ont fait connaître, mais l'administration qui n'a pas permis l'impression de leur rapport a mis le boisseau sur la lumière. Et elle eut éclairé des actes peu édifiants cette lumière si nous en croyons !'Intransigeant (1). (1) Voici parmi les allégations (qui n'ont pas été démenties que nous sachil)ns) de l'intransigeant celles qui ont trait à l'exploitation des enfants; Nous négligeons celles qui ont un caractère plus personnel, quoi qu'elles aggravent singuliérement les premières : « Les malheureuses jeunes filles étaient littéralement vendues à un entrepreneur qui les épuisait de travail, comme des bê'tes de somme. « LE:srévoltes de la Fouilleuse étaient toujours causées par les exigences de l'entrepreneur auquel les petites esclaves avaient été en quelque sorte affermées ... « Herbette, imposant constamment de nouvelles charges pécuniaires à cet entreprenem·, puisqu'il n'avait pas de crédit pour faire marcher la maison, et celui-ci, pour ne rien perdre, diminuait la nourritm·e des détenues et augmentait la somme de travail qu'elles devaieut produire. « La femme Hube1-t s'amusait fort des tours de forces de couture accomplies par les malheureuses placées sous sa c0upe, et elle prêtait au féroce enti-epreneur l'appui de son autorité. « Toutes les ménagères savent combien il est pénible de coudre des cabochons. C'est un travail très long. La femme Hubert, qui n'a jamais travaillé, ne semble pas s'en être beaucoup rendu compte. Un jour, elle a fait mettre la camisole de force à une enfant, la petite Dupont, et l'a punie du cachot pa1·ce qu'elle n'avait pas attaché mille cabochons dans sa journée. « ,_)n exigeait des enfants qu'elles fissent au minimum cent trente boutonnières par jour. • On les forçait à tt-availler dix, douze et même treize heures pa1·jour, pour l'entrepreneur. Ce travail s'ajoutait aux heures de classes. li n'était dù que huit heures de travail par jour à l'entrep1·eneur. Mais il fallait bien payer ses complaisances. La plupart des enfants ont dépéri par ce su1·menage. 11 Une petite fille, la jeune Travers, douce enfant. d'un bon caractère, facilement dirigeable, a été soumise à un travail si pénible, à de longues veillées si souvent répétées, qu'elle est aujourd'hui p1·esque entièrement aveugle. 11 Et quand la tâche de l'entrepreneur était fait.e, la femme Hubert faisait encore souvent travailler les enfants pour sou proprCI compte. Elle prolongeait leur veillées jusqu'à minuit, une heure du matin, pom· les fan•e travailler à ses robes et à ses objets de lingerie pour son usage personnel. « Un jour qu'elle devait paraitre à une fête parisienne, elle fit venir de Paris une couturière et lui donna quinze enfants qui passèrent avec elle la plus grande partie de la nuit à confectionner son costume. « Au matin, ces enfants durent ::selever en même temps que les autres, car l'entrepreneur les guettait. « Dans ces travaux .supplémentaires, on n'oubliait pas ie bon Herbette. Et l'anci1mdirectem· des services pénitentiaires a sa Jingerie remplie de chemise:s de soie que lui ont faites les enfants de la Fouilleuse.»

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