La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

264 LA REVUE SOCIALISTE Les jeunes détenues de la Fouilleuse dont la plupart étaient des cnf~nts moralement abandonnées étaient (etsontencore sans doute, hélas!) soumises aux traitements les plus barbares. On les frappait avec des clefs ; on les battait avec des cordes, on les fouettait avec des orties, on les mettait dans l'eau froide en plein hiver. Plusieurs enfants étalèrent les traces de leurs meurtrissures sous les yeux des enquêteurs. Les bourreaux avaient d'autres raffinements, qui sont décrits dans le rapport. La camisole de force était par eux mise en usage ; elle ne chômait pas. Avec une recherche de cruauté inexplicable, ils croisaient les bras de l'enfant derrière le dos et, à coups de genou, les faisaient remonter de telle sorte que le bras gauche devait toucher l'épaule droite et le bras droit l'épaule gauche. Pour les enfants malingres, on les enveloppait d'un drap afin de permettre à la camisole d'être plus fortement sanglée. Cette opération n'était p<tsconfiée aux faibles mains des femmeR, mais à la poignée solide du gardien-portier. « On me faisait tellement serrer, dit-il, que j'en avais des marques aux mains et que celles-ci me faisaient mal,si bien qu'un jour je dis à ma femme; J'en ai assez, je ne veux plus de ce métier; un beau jour, une enfant me passera dans les mains. Je n'ai pas envie d'aller en cours d'assises. >> Une fois emprisonnée dans l'instrument de torture,<< l'enfant devait se mettre à genoux, puis se relever. Privée de l'usage de ses hras, elle ne pouvait reprendre son équilibre et se remettre sur Respieds qu'au moyen d'un tour de reins dont il faudrait demander le secret à un gymnasiarque de profession. Aussi, l'enfant l'et.ombait-elle par terre. Alors, on la relevait à coups de pied et cet ignoble exercice da,rait autant que la pauvre fille avait un peu de force pour l'endurer. >> Si la patiente s'évanouissait, on lui jetait à la hâte, pour la fa ire revenir, des seaux d'eau, et si le moyen ne réussissait pas, on hli appliquait sur la chair de la cire brûlante. Il y aYait à la Fouilleuse une jeune fille « d'un caractère difficile, mais l]_ni, dans ta maison où elle avait étéprécédemment, était œpendrmt notée commf'- excellent sujet >>. La directrice que le Conseiller d'Etctt Herbette avait infligé à l'établissement, la mégère Hubert, la prit, la pauvre enfant, à son service. Comme tout nature_llement elles ne purent s'entendre, la jeune fille fut renvoyée à l'atelier. Un jour, pour une faute légère, on lui ordonna de demander grâce. Sur son refus, on lui mit la camisole de force. Puis cent quarante seaux d'eau lui furent lancés au visage. Après quoi on l'enferma pendant trois mois en cellule. « Quand elle en sortit, elle était méconnaissable. >>

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