La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

262 LA REVUE SOCIALISTE pas socialistes et qui travaillent à tort prix. Les patrons miniers du Nord et du Pas-de-Calais, se son empressés d'embaucher ces arrivants avec rabais de 20 % sur les salaires et de renvoyfü des centaines d'ouvriers français pères de famille et réduits, du jour au lendemain, à la plus horrible misère. Comme on s'y.attendait il y a eu révolte et les journaux capitalistes ont aiguisé leurs plus fines ironies contre la prétendue fraternité internationale ouvrière. Toutefois les choses, grâce à Basly et à quelques autres, ont mieux tourné que ne le croyait le patronat clérical minier de France et de Belgique. Les intrus ont dû déguerpir. Il est vrai que les réactionnaires belges ont profité de la circonstance pour faire crier : J!lort aux Français! Mais la démocratie sociale belge a fait son devoir. Le Peitple de Bruxelles, notamment, s'est prononcé dans les termes suivants que nous approuvons en tous points : Quand il s'agit, comme c'est le cas actuellement, d'ouvriers étrangers, venant tra.vaillet· pour un salaire réduit,les protestations sont logiques et l'indignation naturelle, car c'est mal faire que d'avilir le prix déjà insuffisant du travail. Dans ces conditions. les travailleurs français avaient le droit de s'indigner contre les mauvais frè1·es qui venaient faciliter l'exploitation des administrations charbonnières, en fournissant de l'ouvrage à vil r1·ix, et nuire ainsi aux revendications des salal'iés indigènes. Tout le monde reconnait donc que les prolétaires français ont raison dans leurs réclamations et il n'y a qu'une voix dans la Belgique ouvriè1·e pour blâmer ceux qui par leur conduite nuisent aux intérêts d'autre~ tmvailleurs. Mais si les ouvriers français - que les bourgeois de chez eux irritent contre les ouvriers de chez nous comme notre bourgeoisie excite les travalll~urs de chez nous - ont le droit de p1·014lster,ce qu'ils ne peuvent ni laisser faire en leur nom, ni permettre par leur attitude de faire avec lem· consentement, c'est l'adoption de mesures contre le~ travailleurs étrangers. La France ou République - bourgeoise nous le voulons bien - se doit à elle-même et à l'idée qu'elle représente ct'ètre plus hospitalière et plus généreuse que les autrrs nations; fermer complètement ses frontières comme elle a une tendance à le vouloir, c'est amener l'isolement et l'étouffement, et c'est faiblir à son rôle. Par le temps de cosmopolitisme qui court c'est un anachronisme que d'exclure <lel'industrie des hommes, dont le seul tort est d'être, par hasard, venus au monde au-delà des limites ftcthes d'un pays. On le voit, partout où les conservateurs disent giœr1·e et p?'ivilège, les socialistes disent paix et justice (1) et ils ont fort à faire. (l) Pendant que les bourgeoisies de France et d'Allemagne ne rêvent que i:onflagration, les socialistes des deux côtés des 1·osges continuent à parler de droit des peuples et de fraternité. C'est ainsi que le Vorwœrtz, l'organe officiel du parti socialiste allemand, publiait ces jours derniers les lignes suhantes sui· l'anniversaire de Sedan : << 11 y a aujourd'hui vingt-deux ans que l'empereur des Français a été

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