251 LA REVUE SOCIALISTE La matière, la force. Je mouvement constituent-ils les facteurs fonrlamentaux des choses? En v<i1·iténous ne savon~ rien sui· l'essence de la matière, sur Je mécanisme de la fo1·ce et sui· le mouvement en lui-m~me. La sensation nous est une chose aussi inconnue que l'idée, que la matière et que la force. H~•pothèses qui parnissent toutes égalem~nt éloignées d'une certitude scientifique. (< Notre ignorance en ce qui touche ces questions, dit 1\1. de Roberty, est actuellement bio-psychique ou psychologique. On ne saurait les résoudre sans recourir à une théorie des illusions mentales plus élaborée et reposant à son tour sui· une connaissance exacte des lois qui régissent la genèse et la tranformation des concepts abstraits. » L'auteur continue en écrivant que les agnosticistes accueillent implicitement cette vérité: « Que l'homme ramène tous les faits physiques à des manifestations de la force dans l'espace et dans le temps, il demeurera aussi peu avancé, car il ne sait rien de la force, du te"•PS ou de l'espace. Qu'il réduise tous les phénomènes psychiques aux seules sensations. il croupira dans la mème incertitude, car il igr,01·ece qu'est la sensation. » M. <leRobert y conclut ainsi: « Rien de plus juste. Assimiler les phénomènes de conscience appelés faits psychiques, à des phénomènes con. cientiels appelés force mouvement. espace ou temps. cela équivaut de toute évidence à s'élever du concret à l'abstrait ou du moins abstrait au plus abstrait. Or, d'une telle ti·ansiction, on ne sait bien ni les lois. ni le mécanisme intime, et nous soupçonnons, tout au plus. ù la suite d'expél'Ïencesjournalières, que,d'innom- ])l·ables illusions lui font cortège. En vertu mème de ces défauts essentiellement passagers du progrès scientifique, la réduction des pl1enomènes concrets à Jpu1·sconCC\ptsabstraits nous semble vaine et futile. Elle nous apparait maintes fois comme un effort de la p1;nsée qu'on eùt pu raisonnablement s'épargner. Le materialisme a tort, dit-on, d'accordc1· à la physique et à la chimie une foi aveugle, "lt dtl tt·aiter tout le reste ùc rèn1·ies. Les matérialistes, en effet, veulent ignorer les lois et les conrlitions spéciales de certains phénomènes ti•ès particuliel's qu'ils confondent pat· suite avec des phénomènes infiniment moi1,s compliqués (psychologiquement parlant). Les idéalistes tombent dans l'excès opposé: Join de chercher à nier re qu'ils ne connaissent pas 011 ce qu'ils ne connaissent que d'une façon très imparfaite, ils s'efforcent de grossir outre mesure cet X, d'en faire l'équivalent et le substitut de l'univers sensible. Les sensualistes, enfin, s'appliquent à équilibrer les deux excès, à teni1· la rtistance égale ent1•ü l'un et l'autre. i\Iais ils ne pan·iennent jamais à conserve!' cette position instable. Au~si voyons-nous ces philosophes. représentés aujourd'hui par les partisans de l'évolution, osriller sans cesse, pcnc-lH-'r .antôt vers le matérialisme, ou son meilleur représentant ;,.ctuel, Je positiYisme. et tantôt ve1·sl'idéalisme, ou son succédané moderne, le Kantisme criLique. 11 Voilà en substance, et résumé::; par l'auteur lui-mème les défauts de nos _grandes conceptions philosophiques modernes, l'état de la philosophie actuelle. Le vice des méthodes, c'est l'excès dans lequel tombe chaque système philosophique par l'élaboration prématurée de synthèses formées d'hypothèses qui devaient nécessairement rester invérifiées. puisqu'elles n'étaient pas induites des principes directeurs <le la science spéciale correspondante. Cette tendance déplorable est cause que les problèmo::sagites par les philosophes n'ont pas avancé d'une ligne: (( Tels. dit M. Cournot, il~ se sont. offerts confusément aux génies ml-ditatifs dès les premiers àg-es, tels ils se p1·ésentent mais plus nettement exprimés, aux esprits éclai!'ès ries lumières de !a science moderne, polis par la culture des lettres et des arts (1). » J'ajoute que c'est certainement beaucoup à ce défaut de la méthode philosophique que nous devons la confusion qui règne dans les esprits. la divi- .<siondes savants et des philosophes, ainsi que les mau vaiscs conditions dans lesquelles on entreprend de résoudre les problèmes philosophiques. Et c'est assurément à cette mêma cause que les philosophies les plus expérimentales, ies plus matérialistes, doivent leur conclusion métaphysique. Mais si nous lui attribuons l'inconnaissable de chaque philosophie, si nous la rendons responsable de l'agnosticisme moderne, nous lui ~ommes 1·edevables de l'ha1·monie qui se fel'a bientôt entre .les penseurs sur la thèse (1) C. F. Coul'aot: E,sai sui- les fondements de nos connaissances.
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