La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

REVUE DES LIVRES 255 <le l'Incognoscibilitè absolue de la i\fatière, du Mouvement, de la 1'ensation et de la Pensée en soi, d'aprës les moyens d'investigation de la science moderne. Je ne sais pas si sur ces points je suis d'acro1·d avec !IL de Roberty, mais je puis dire que son opinion n'a pas eté sans influence sur mon point de vue. Voici ce que dit M. de Roberty : « Que prouve, en effet, cett.e ·coïncidence remarquable des µoints culminants de la doctrine positive et de la doctl'ine critique? Quel sens attl'ihuer à l'identité des résultats où échoue l'esp1·it humain après avoir suivi des routes qui seœblèrent toujours si diver·gentes? Quel enseignement se dégage rie la réduction inattendue dP.s deux grandes fractions de l'ancienne philosophie à un seul et même dénominateur, réduction simultanément opérée par les principaux systèmes contemporains? « Sous chacune de ces for·mes (criticisme, positivisme, évolutionnisme), l'a~nost icisme ou relativisme établit une manière de pont jeté entre le matéria1isme et l'idéalisme, ou _plutôt, car c'est là une image plus exacte et qui rend mieux notre pensée, un terre-plein comblant le vide entre les anciennes conceptions préten(lue!:. contradictoires. Il faut, en vérité, être un aveugle volontaire pour refuser de l'admettre, etc., etc. >l Par ces constatations, 11-1. de Roberty semble rejeter toute théorie sm· l'In::onnaissable: (( Leur insolubilité actuelle, dit-il, en parlant dP.s questions inacressibles, ne serait-elle pas dès lors la conséquence nécessaire, d'une généralisation hâtive, d'une abstraction pr·ématurée.» Et plus loin:« En réalité, l'univers que le penseur conçoit s'offre à nos regards comme un tout forme d'éléments connus et d'éléments inconnus. Ce n'est pourtant là encore qu'une façon de parler, et chaque fois qu'on emploie ce terme : l'inconnu, on s'expose à devenir la p1·oie d'une étl'ange illusion. Car notre conception du monde comprend exclusivement ce que nous savons (sentons, apercevons, imaginons, analysons, comparons, etc.) et ne renferme pas la moindre parcelle de ce que nous ignorons réellement. Il ne peut donc jamais s'agir, pour nous, que de la 1·elation entre deux sortes d'éléments connus : l'espèce constituant l'objet de l'investi;iation scientifique, et celle demeurant en dehors de la science. Cette demière classe représente not,·e inconnu toujours relatif et purement humain. ~fais une fois agréé c·e point de vue, Je seul rationnel et fertile en résultats. on ne tarde pas à découvrit· que la suprématie de l'inconnu se manifeste i:;urtout au début de l'evolution sociale et intellectuelle. Plus ta1·d, et le domaine. du scientifiquement déterminé s'agrandisssant sans cesse aux dépens de celui de l'indéterminé, les anciens rapports se modifient en essence. Une nouvel!~ valeut· échoit aux termes de l'équation : le monde = A + X (où A ligure le connu, et X l'inconnu. tons deux forr:ément subjectifs, sinon mème personnels). n~ns <feux phases consécutives de notre évolution mentale, la période sur•ranaturaliste et la pé1·iode métaphysique, la quantité X domine visiblement la quantité A. Immédiatement aprè~, X tend à devenir infél'ieur à A. Je ne pense pas qu'on puisse sérieusement contester la réalité de ce phéno1nëne historique. On t!e saurait non plus méconn~ltre Je sens général du mouvement intellectuel. Il pousse rapidement à la domination du nombl'e ;ibsolu des catégories où se classent les faits encore ét1·angers au domaine de la science pure ». Le problème est ainsi renrlu bien simple, et c'est assurément de cette façun qu'il doit être posé. li est possible qu·une connaissance plus apµrofondie des propriétés de l'esprit humain nous oblige plus tard à 1·econnaltre un Inconnaissable, à tracer des lignes frontiè1•es à la science et à la philosophie, à préciser le point maxima du développement intellectutl ; mais cela nous est imµossible aujourd'hui, étant donné l'état embryonnaire clans lequel sont les sciences psy<;hologiques. L'union ou plutôt l'identification des contrait·es est la pensée dans laquelle viennent se résoudre tous les points qui sépa1·ent les diverses doctrines philosophiques: abstraction et negation sont les rspèces d'un même genre. C'est là cet·tainement un cou1·t et forcément imparfait aperçu de l'ouvrage de M. de Robert y. Malg1·ema bonne volonté, je n'ai, certes. pas cité les meilleures pages rie <>elivre qui n'est, du commencement à la fin, qu'une critique solide, peut- ~tre un peu Révère. des c1'!'ements de la philosophie. J'aurais voulu émettre quelques objectioriR, surtout en ce qui concerne la valeur scientifique de l'hypothèse de l'identification des contrail'es, et aussi en cc qui a trait au rôle de l'hypothèse en philosophie, rôle dont M. de Rob:lrty, me parait, tl'op dimmuer l'importance. Mais comme j'espère

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==