REVUE DES LIVRES 253 REVUE DES LIVRES Agnosticisme. - Essai sur quelques théories pessimistes de la connaissance, par E. de Robel'ty. - 'l vol. in-18, de la Bibliothèque de Philosnphie contemporaine. - Pai·is, Félix Alcan, 1S92. l\I. de RolJcrty continue à fai1·e le prorès de la philosophie rn "PHél'ai', et des p1·incipaux systèmes philosophiques de notr.i siècle en pat·ticulier. Dans son dernier ouv1·age il s'occupe plus spécialement du difficile et rontrovel'sé problème de la ronnai sance. Il examinf:l surrcssivement les théorie., élaborées pal' les grands maitres ùe la pensée philosophique mo- 'deme, Kant. Auguste Comte, Spencer. Non seulement il indique le vire des méthodes philosophiques. mais il en signale les multiples erreurs ; il donne aussi son opinion personnelle sur Je rem,ide, et CP.rtes, je me plais à dire qu'il voit juste, très juste même . .M. de Roberty commence son livre en disant que la contemplation cle l'incognosrible occupa constamment le métaphysicien et tout d'abord le théologien, et que les dogmatismes religieux et philosophiques n'eurent jamais d'allié plus ferme que cette ùoct1·ine. Et il s'ér1·ie: « Quel profit la philosophie contemporaine ti1·e-t-elle de l'accroissement des maté1·iaux et des moyens d'enquète dûs aux récents p1·ogrès en biologie et en psychologie ... » « Les penseurs modernes se complaisent même aux vieilles explication~. Beaucoup suivent ouvcrte,:nent l'orniè1·e sensualiste. Subordonnant le monde des idées au milieu vivant déduit du milieu extérieur ils proclament la suprématie rie l'expérience et l"oriqine objective de nos conrepts; ils affirment l'impossibilité de so1·tir du pnénomêne or~anique, hypothétiquement posé comme fait ultime, comme raison demièrc ucs choses. « D'autres demeurent attachés au culte des idoles idéalistes. Ceux-ci nous pal'lent de formes ou de moules dans lesquels l'expél'ience jette la matière b1·ute du savait·; ils défendent la suprématie de l'idée pure et l'o1·igi11e subjective des c0ncepts; ils invoquent la vanité de toute science clép<1ssant le pouvoir de l'idée: et attestent l'impossibilité de sortir du phénomène idéologique, h~rpothétiquement posé comme fait ultime, comme explication dernière des Jvènements. « D"aucuns, enfin, accordent leurs préfPrences aux théories simplistes <lesmatérialistes et reculent ainsi la difficulté sans la résoudre. Pour eux, l'insondable énigme, ce n'est ni la vie, ni la pensée, mais la matière et lemouvement. » l\I. <leRoberty n'a pas de peint> à démontrn1· que toutes ces philosophies ou plutôt tous ces systèmes philosophiques, lesquels peuvent se 1·éduire aux trnis grandes doctrines modernes, Je critirisme, Je positivisme et l'évolutionnisme ou le sensualisme, ont, tout en affirmant !'Inconnaissable, leu:· inconnaissable propre. L'a,,nosticisme moderne est le véritable représentant spécial et général de tous" ces incognoscibles. Il n'est pas autre chose. L'idée est-elle l'exacte représentation des choses? Le fondateur du criticisme, l'illustre Kant, affit-me II que les choses que nous percevons ne sont pas en elles-mêmes telles que nous les percevons, et leurs rapports ne sont pas non plus réellement ce qu'ils nous apparaissent >>.
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