232 LA REVUE SOCIALISTE ,·aste et puissant Parti du Travail aux mains duquel ils remettent â priori rannir social. J'ai toujours pensè qu'il était absolument arbitraire, au point <le ,·ue du mérite réel, de faire un choix entre les uns et les autres. Je suis convaincu que tous également concourent à la marche vers le but commun: la t1·ansformation sociale dans le sens de la plus équitable répartition entre tous, sans exception, des produits du trav.>.ilet du progrès humains. Chacun de nous, une fois bien convaincu de la légitimité de ce but, cherche à se rendre aus~i utile que possible dans la sphère de ses moyens, de ses aptitudes et de ses goûts. Cette di,·ersité dans les concours que reçoit l'œuvre socialiste est, à mon avis, la garantie de son plus complet succès; car, ainsi, il arrive qu'aucune fraction de la population n'èchappe à l'action incessante et envahissante de l'idée socialiste. Grâce à votre Revue, construite en vue de sa pénétration dans des milieux spéciaux, plus particulièrement philosophiques, artistiques et scient.ifiques, disons le mot, dans des milieux bourgeois, il s'est détaché et il se détache chaque jour des classes privilég-iées, des hommes d'élite, des esprits consl'.iencieux c1ui viennent, timidement peut-être, apporter le concou1·s de leur bonne Yolonté au lent edifice de J'a,·enir sucial. Qu'importent leurs hésitation et leurs prudences momentanées, derniers liens les rattachant au monde qu'ils sont en train de déserter. C'est le ..:as ou jamais de _dire, pour eux: Il n'y a que le p1·emier pas qui coûte, dans cette voie l Vous devez, mon cher Malon, éprouver de grandes et nobles joies, au fur et à mesure que vous voyez ,•enir à ,•ous ces intelligences que vous savez si bien enlever aux classes bourgeoises, où on pleure leur perte. l\Jais je vous l'a voue par contre, je ne crois pas que ces jouissanc~s soient plus sensibles, plus complètes que celles ressenties dans la sphere <les agitations populaires où je vis, et dont peut-être vous ne vous doutez pas. Alors que vous, ,·ous mettez vos efforts à repêcher, pour ainsi dire, quel- (JUesderniers débris d'une classe épuisée en train de disparaitre, et que vous essayez de les animer d'une nouvelle énergie morale et intellectuelle, uous autres nous assistons, chaque jour, ravis, émerveillés, à la naissance, à l'êpanouissement d'un monde nouveau en qui sont toutes les vitalites, toutes les aptitudes latentes, toutes les puissances ignorées, toutes les aspirations au progres. Cela nous doune l'illusion d'un magnifique et immense colosse que nous aiderion8 à sortir peu à peu d'une longue léthargie. Quelques fatigues exces si ves, quelques sacrifices extrêmes que nécessite I a vie militante au mtlieu du prolétariat ouvrier, je ,·ous déclare, mon cher l\lalon, que je n'env:e pas dE>l'échanger contre celle à laquelle doit vous rèrluire l'œuvre de la Revue Socialiste. (1). (1) Notre cher et ,·aillant ami Lavigne se trompe peut-être en rangeant notre rédacteur en chef parmi les théoriciens contemplatifs. B. Malon a milité daus l'armée ouvrière et dans l'armée révolutionnaire pendant vingt années accomplies, de 18ô4 à 188-1; il a été quatre fois chef de grève, a londé huit sor.iétes ouvrières, a été, après Varlin, un <les principaux fondateurs de l'Internationale en France, a été député socialiste et membre de la Commune de Paris, a coanu onze fois Ill prison, a été neuf ans en exil et après avoir plus d'une fois combattu aux barricades, il a, conjointement avec Jaclard, dirigé en l>i'7l, la résistanct! insurrectionnelle du 17m,arrondissemeut dont il était n,aire, dans les terribles jours de la Semaine sanglante contre l'armée de Versailles. Ce ne sont pas là les états de Fervice d'un contemplatif; il a faHu le mauvais état de sa sauté pour obliger B. Malon à cantonne1· son dévouemeut socialiste daus la propa-gam:le tlîeorique qui a bien aussi son utilité.
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