La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LE QUATRlfaIE BA'('i'QUET DE LA « REVUE )) 22ï Rome {Chamb1·edes Députés), le 19 juillet 1892. Ghel' citoyen R. Simon, Je participerai d'autant plus sincèrement pal' la pensée à votre fète, que je suis parmi les socialistes qui croient encore à l'utilité des organisations nat10nalcs et qUf1 je fais constamment des vœux pour que progresse et prospère celle de la France, qui a fait ma pl'emière éducation intellectuelle. Je crois également indispensable à la cause dP. la civilisation et du progrès social que l'Italie et la F1·ance soient amies. A cette union je travaille infatigablement au Parlement, dans les réunions, dans les journaux, bien que je ne !lois pas toujours aidé de l'autre côté des Alpes. Saluez pour moi Malon et Rouanet qui sont parmi mes plus anciens et 1 mcs plus chers amis et recevez une co1·diale poignée de main, de votre Dr Napoleone CoLAJANNI. Liège, 22 juillet-thermido1· 1892. Cher Citoyen Rodolphe Simon, Vons voulez bien me fai1·e part du quatrième banquet de la Revue Socialiste. Cette flatteuse attention m'emba1Tasse autant qu'elle me touche, Ma situation est celle de l'enfant clc chœu1· qu'on poussel'ait au lutrin après lui avoir Oté l'encensoÎI'. Si ma faillie réputation littéraire a franchi les frontières pour quelques indulgents amis, je n'ai guère d'autre titre en -socialisme, malgré tant d'années de pl'opagande déjà, que celui d'enthousiaste disciple. Et il y a bien plus de jouissance encore que de mél'itc à s'approprie!' les wblimes et magiques idées qui satisfont avec tant de plénitude, la raison et l'amonr et le rêve à la fois. Je n'ai pas la prétention <l'avoir rien apporté de neuf. C'est dans les Jarges livres chaudement imprégnés d'altruisme de Benoit }talon, comme dans les belles études de notre che1· et regretté César De Paepe. que mes yeux éblouis, enivrés ont vu s'ouvrir immensément les portes d'un miséricordieux avenh· plein de vertigineuses féè,:ies: unissez pour moi <'es deux noms impérissables, sans oublier tous les autres, dans vos acclamations <le reconnaissance : je revois ma jeunesse entière à travers mes larmes en écrivant ces lignes, et je n'ai rien autre à vous dire. Je n'ai rien d'autre à vous dire comme socialiste. Mais le belge ajoutera <(uelques mots. J'ai écrit plus haut le mot fi·ontièi-es. Il faut bien l'employer puisqu'elles existent encore, après avoir, depuis si longtemps déjil, disparu des cœ;irs généreux. Si j'avais le bonheul' ù'étre au milieu de vous, comme l'année dcrniè1·e à Brnxelles, où ce merveilleux Congrès international et nos exquises réunions intimes nous donnê1'ent le goût de la terre promise, je vous répèterais que la Belgique se ressaisit enfin. Comme la belle au bois dormant des légendes, elle se réveille, dans Je bois capitaliste (fleuri de loups repus et toujours affamés 1) entre les deux hol'l'ibles duègnes préposées à sa garde, l'Eglise et la Doctrine, elle se réveille à l'cblouissante approche du socialisme, - je n'ose le qualifle1· de prince, il protesterait trop •.• On avait enveloppé son sommeil d'un affreux linceul gris, la couleur officielle, et les parasites pullulant dans son domaine enchanté, s'imaginaient que sa létha1·gie durerait bien des lustres encore. Elle est maintenant assise sur sa couche, cm1;ourprée et soui·iante. Et, je l'écrivais naguêrn, à l'heure où la Mai·seillaise se déploie de toutes pacts sur l'univers comme une aurore ou se lève le <lrnpeau rouge, elle l}l'aodi1·aplus anlente et plus haut que jamai,1 une couleur qu'elle a toujours tant aimée ! Je suis ce1:tain, - et cette certitude pourrait êh'e mathématiquement justifiée, - qu'une nom·clle période de gloire

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