La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

220 LA REVUE SOCIALISTE Je concède néanmoins à M. Gide que des hommes vigoureux et sains, quand ils sont absorbés par une occupation ou une passion dominantes (travail d'esprit intense, mystici?me religieux) peuvent résister victorieusement. Mais combien sont-ils? En ce qui concerne les étudiants vertueux et continents, j'avais affirmé que la plupart d'entre eux (non tous) sont ou inférieurs par intellig~nce ou hypocrites et dissimilés. Et M. Gide triomphe ironiquement en s'écriant: « Prenez des maîtresses et vous deviendrez des ,< imbéciles». Mon idée n·est pas si ridicule: Le jeune homme qui échappe à la loi naturelle et physiologique, est presque toujours un être anormal. C'est en vertu de ce développement insuffisant ou mal venu que l'individu en question n'est pas comme tout le monde et se trouve souvent inférieur à la fois par l'intelligence, par le caractère et par la vigueur physique. Mon expérience à ce sujet ne vise que les étudiants en médecine: J'ai fréquenté l'élite d'entre eux dans le corps de l'internat des hôpitaux de Paris sans avoir constaté d'infraction notable à la règle posée. Concluons donc encore une fois à la nécessité de ce fonctionnemmt harmonieux des organes signe et résultat d'une nature bien équilibrée. Cette idée est du reste si vraie qu'elle est implicitement admise par tout le monde, mème par M. le Pasteur Fallot président de la Ligue pour le relèvement de la moralité publique. •✓oici, en effet, le texte d'un des vœux (ce vœu n'a pas été discuté par l'Association protestante, mais il est publié en signe de sympathie, dans le volume de l'Association (p. 8.3). « On peut en général observer que les milieux les plus atteints ,< par le désordre pornographique sont ceux où prévaut une concep- ,< tion ascétique de la perfection. « Lorsque la foule confond la pureté avec la mutilation de l'exis- ,< tence, ne pouvant faire l'ange, elle se croit autorisée à céder aux ,< appétits de la bête. « Nous devons nous appliquer à dissiper ce malentendu et rem- ,< placer l'imagination malsaine d'une sainteté arbitraire et contre ,< nature, par la doctrine de la sainteté-sante que réalise le développe- << ment normal de la vie dans l'exercice harmonieux de toutes nos ,< facultés. » Nous aussi nous désirons le développement harmonieux de toutes les facultés, y compris toutes les fonctions et facultés corporelles. Nous aussi nous protestons contre la mutilation de l'existence, et mème contre la pureté si elle doit résulter d'une mutilation de l'existence. Il reste un dernier pas à franchir, le plus difficile. Comment assu-

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