RÉPONSE A l\I. GIDE 2H) on dissimula cette fonction comme un assujetissement honteux de notre nature matérielle. Le mariage fut toléré pour les natures vulgaires, mais l'ascétisnie monastique s'imposa à la spiritualité délicate des. âmes d'élite. L'homme livré à la religion, c'est-à-dire à l'aveuglement de se!- impulsions instinctives, à la force obscure de sentiments profonds mais irrationnels et en désaccord avec la nature positive des choses, avait donc flotté, avec une égale exagération, de la débauche qui annihile le meilleur des hommes (le mental et le moral), à la mutilisation de son être, à l'inutile torture de sa sensibilité. Entre ces deux extrêmes également funestes, la Physiologie, !'Hygiène, la Médecine, c'est-à-dire la science contemporaine, ont tranché la question et mis les choses au point. Dans ce débat, M. Gide me parait inspiré par les illusions chrétiennes. C'est le chrétien qui s'indigne en lui. La foi est son criterium. C'est là le principe fondamental, l'axiome premier quoique non exprimé sur lequel s'appuie toute son argumentation, écho (heureusement affaibli chez les protestants) de l'anathème jeté par le christianisme primitif à tous les plaisirs des sens. Nous croyons avoir pénétré à la racine même du différend qui nous divise. L'un parle au nom des sciences de la nature, l'autre aLt nom de la théologie. Nous revenons donc à notre loi générale. La santé morale et physique exige le fonctionnement harmonieux de tous les organes, même de ceux de la génération. Il reste à résoudre quelques objections. On dit: l'abstinence est facile. Il y a, en effet, des exceptions à toutes les règles de ce genre. Nous n'avons jamais parlé de tous les hommes sans ex~eption, mais des hommes en général et en majorité. Rappelons-nous la maxime de Larochefoucauld : « Pendant que la « paresse et la timidité (ajoutons : une certaine faiblesse de com- « plexion) nous retiennent dans notre devoir, notre vertu en a souvent (( tout l'honneur ». Il existe, en effet, une espèce de pàles jeunes gens à constitution féminine, à nerfs souffreteux, aux veines décolorées, à la sève tarie, rejetons d'une race qui s'éteint, A ceux-là la vertu est possible et facile. Leur froide jeunesse n'a jamais éprouvé les bouillonnements irrésistibles d'un sang généreux. Quand vous verrez, au contraire, un grand gaillard, sanguin, robuste et musclé, issu de quelque souche paysanne, méfiez-vous. Vos conseils les plus judicieux resteront sans effet. Et aussi ne parlons pas trop de ces belles vertus, cravatées de blanc et qui font l'admiration du public. Les médecins en voient souvent les dessous et sont, par leur profession même, fortement portés. -en scepticisme.
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