La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

RÉPONSE A l\I. GIDE 221 rer à tous ce développement de toutes les fonctions? Comme me le demande M. Gide, où les jeunes gens pendront-ils leurs maîtresses? - Je répondrai, ils continueront à les prendre où ils les trouvent actuellement. En répondant ainsi je ne fais que constater la situation présente, dont le trait saillant est l'existence d'une classe de prostituées. Et on me dira : Vous approuvez donc la prostitution? Pardon, je ne l'approuve pas, je la considère comme un mal épouvantable mais fatal, comme un produit naturel des circonstances sociales. Je cherche, comme vous à la détruire. Pour arriver à supprim(!r un phénomène social aussi important, il faut tâcher d'en pénétrer la genèse, d'en connaitre les causes. Je trouve deux séries bien distinctes de causes : Les unes physiologiques, les autres économiques. Supprimez l'appétit sexuel, vous supprimerez la prostitution. Le remède est radical. C'est celui de M. Gide. On réunit les jeunes hommes de toutes les conditions qui, pour une raison ou pour une autre, se trouvent dans l'impossibilité de satisfaire régulièrement aux exigeances de leur cœur et de leurs sens. M. Gide leur adresse un petit discours bien senti sur la << contrainte morale » et immédiatement le problème est résolu. S'il en était ainsi, je m'associerais immédiatement à la èampagne morale de mes adversaires (bien que je n'en accepte point le principe philosophique). à cause du grand résultat à atteindre. Mais, conseils pour ou contre ne sont que paroles vaines .. On n'arrête pas les torrents avec des phrases. S'imaginer que les exhortations à l'abstinence chargeront les instinds naturels, c'est pure utopie. Pour supprimer cette cause essentielle de la prostitution, il n'y a pas d'autre méthode que celle qui consiste à rendre facile à tous l'accomplissement de la fonction sexuelle fondée sur la sympathie et l'amour. A la satisfaction anormale, dégradante, immorale substituer la satifaction normale, morale, résultant du libre choix et d'un libre sentiment. La solution du problème n'est point dans une continence douloureuse et anti-naturelle mais, au contraire, dans l'amour largement répandu, remplaçant le marché d'argent. Mais les conditions économiques actuelles s'opposent de bien des façons à cette paix dans le bonheur réciproque des êtres humains. En refoulant des sentiments incompressibles, notre état économique les exaspère, les change en vices, en fait des agents de désordre et de malheur. C'est à l'état économique qu'il faut donc s'attaquer tant en ce qui touche les hommes qu'en ce qui concerne les femmes. Que chacun (homme ou femme) ait un avenir certain et stable, une condition aisée, un travail assuré et rémunérateur et on ne verra plus (à l'exception de quelques tempéraments anormaux) les femmes se livrer au premier venu, ni les hommes courir à l'abreuvoir public. Des associations inspirées par les plus doux s'entiments s'établiront entre les

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