La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

218 LA REVUE SOCIALISTE Je lis ensuite l'article Satyriasis dans le Nouveau Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques (Dictionnaire Jaccoud) Tome trentedeuxième. Cet article est signé de M. Motet, médecin aliéniste de Paris très connu : « Une influence bien autrement active est celle de la conti- << llence imposée à des bo11111v1e:sR_our.mx et dont l'imagination s'exalte par « les efforts mèlne qu'ils font pour repousser les images voluptueuses ,< qui la troublent». Plus loin, le même auteur rapporte l'observation d'un malade guéri radicalement par le mariage. M. Gide met en doute l'influence de la continence sur le développement de certains vices honteux. Je trouve. sous la signature de M. Mauriac médecin de l'hôpital du Midi à Paris, spécialiste fort distingué, les lignes suivantes extraites du Dictionnaire de Médecine. et de Chirurgie pratique (Dictionnaire Jaccoud) Tome vingt-quatrième: « Lïnitiation aux pratiques de l'onanisme se fait sur une grande « échelle dans les collèges et dans les pensionnats de demoiselles ... « La privation de femmes fait que, dans les prisons et sur les navires. « pendant les voyages au long cours, prisonniers et marins s'adonnent « à la masturbation et à la pédérastie. » Je n'insiste plus. Voilà sur quelles autorités je fonde mon opinion; sur la Physiologie, sur !'Hygiène et sur la médecine surtout. M. Gide nous donne-t-il les siennes? Nous dit quel est le principe premier, fondemental sui lequel repose son apologie de la continence· et la vertu? Ce n'est pas cependant chez notre savant contradicte1J r une idée en l'air, non raisonnée, ou le reflet des préjugés, des conventions courantes, ou une de ces opinions banalement et fademe_nt convenables dont un esprit comme Je sien ne saurait se contenter. Pourquoi,. dès que l'on aborde le chapitre de Physiologie, pourquoi rencontre-t-on chez tant de personnes cette sorte de crainte, d'effroi, cette réserve effarouchée ? Tout cela cache un vieux préjugé théologique et religieux. Les religions de l'antique Orient (Asie mineure, Chaldée, Assyrie, Inde, Phrygie, Egypte, etc ... ) professaient le culte de la génération, comptaient parmi leurs objets sacrés la représentation même des organes génitaux, ordonnaient à certaines fêtes de luxurieuses débauches, divinisaient la prostitution, enveloppaient leur symbolisme et leurs mythes d'une flamme voluptueuse, et sensuelle. Le monde gréco-latin lui aussi fut gagné peu à peu par l'infiltration des idées et des pratiques de l'Orient. Le christianisme naquit en Orient et par une réaction bien naturelle contre les cultes dégradants qui avilissaient l'homme et détruisaient en lui toute noble activité intellectuelle et morale, il fit de la chasteté, de la virginité un des états les plus enviables, un des moyens. offerts au fidèle pour arriver à la sainteté et à la perfection. Dès lors, on n'osa plus parler de tout ce qui touche aux actes de la génération~

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